Cette fois, Elon Musk pourrait bien se brûler les doigts. | Win McNamee / Getty Images via AFP
Cette fois, Elon Musk pourrait bien se brûler les doigts. | Win McNamee / Getty Images via AFP

Tesla achète pour 1,5 milliard de dollars de bitcoins: un pari stupide?

Un quitte ou double qui pourrait coûter cher à Elon Musk.

Lundi 8 février, la nouvelle de l'achat par Tesla de 1,5 milliard de dollars de bitcoins faisait le tour du monde en quelques minutes. La firme annonçait ainsi, via un document transmis à la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine, ponctionner dans sa réserve de cash pour investir dans la cryptomonnaie, qu'elle envisage par ailleurs d'utiliser dans le futur comme monnaie d'échange contre ses véhicules.

En même temps qu'elle provoquait une impressionnante flambée du cours du BTC, la décision de la firme éclairait d'une nouvelle lumière quelques indices laissés ces dernières semaines par l'assez peu discret Elon Musk dans son sillage –sur Twitter, donc.

Le 29 janvier, l'homme changeait la bio de son compte pour y indiquer un simple «#bitcoin»: dans la journée, la valeur de la monnaie prenait 20%, une preuve sonnante et trébuchante de son emprise très importante sur ses followers et sur le marché.

Déjà démontrée par l'imbroglio Signal à 550 millions de dollars, la quasi-religiosité de cette influence a été ces derniers jours confirmée par les manœuvres du même Musk autour du Dodgecoin.

À grands coups de tweets appelant ses ouailles à la porter «jusqu'à la lune», le patron multi-casquettes a fait exploser le cours de cette cryptomonnaie initialement créée comme une plaisanterie. Avant d'expliquer sur Clubhouse, le très en vogue réseau social vocal des décideurs, qu'il ne fallait pas le prendre au sérieux.

Ce que pourrait pourtant décider de faire la SEC. Car si ce type de petit jeu semble appartenir à une zone grise du droit, le gendarme économique américain pourrait prendre ombrage de ces petites blagues qui, au final, pourraient constituer de grandes manipulations.

D'autant qu'il connaît bien cet imprévisible client: en 2018, la commission entamait des poursuites à l'encontre d'Elon Musk, accusé de fraude après un tweet qu'elle a interprété comme une manipulation du marché pure et simple.

Quitte ou double

Or, si l'annonce de Tesla renforce indubitablement sa crédibilité, la position du bitcoin vis-à-vis de certaines instances officielles est délicate, alors que de nombreux acteurs «mainstream» se précipitent vers la devise pour diversifier leurs portefeuilles ou profiter de la vague.

Nouvelle secrétaire au Trésor des États-Unis, Janet Yellen a souvent fait état de ses doutes quant aux monnaies numériques, qu'elle estime être les instruments de transactions criminelles et du blanchiment d'argent, et dont elle envisage un encadrement.

Le ton est à peine différent de l'autre côté de l'Atlantique, où la patronne de la BCE Christine Lagarde a récemment déclaré que «le bitcoin, ce n'est pas une monnaie», parlant des cryptos comme d'«actifs hautement spéculatifs» et envisageant, comme Yellen, une réglementation de leur usage.

Or, si certains analystes voient l'avenir en platine pour le bitcoin, la banque JPMorgan le voyant même atteindre à terme 120.000 euros (contre 38.000 après l'annonce de Tesla), d'autres continuent de penser que sa valeur actuelle n'est que le résultat d'une bulle déraisonnable.

Et que, comme toutes les bulles, celle-ci est appelée à éclater lorsque les tensions seront trop intenses. Le pari de Tesla et d'Elon Musk, qui espèrent profiter de la hausse du BTC pour gonfler leur trésorerie, semble donc des plus risqués.

Dans un marché si volatile, il ne manque pas grand-chose –une intervention de la SEC ou des banques centrales, un mouvement massif comme celui de Gamestop– pour que l'édifice ne s'effondre, ce qu'il a déjà fait de multiples fois par ailleurs.

En outre, un dernier point est à noter: au-delà de ces considérations financières, la clientèle de Tesla pourrait s'étonner qu'une firme se présentant comme l'alpha et l'oméga d'une économie mondiale décarbonée fasse le choix d'investir dans un système dont l'extrême coût environnemental est décrié de longue date.

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