Une usine ou une prison, ou les deux. | Hector Retamal / AFP
Une usine ou une prison, ou les deux. | Hector Retamal / AFP

Dans l'usine Tesla de Shanghai, les ouvriers doivent désormais dormir, manger et s'amuser sur place

Une ville-forteresse contre le Covid.

Shanghai continue, d'une manière assez radicale, sa lutte pour endiguer une très forte recrudescence de Covid-19. Celle-ci paralyse la ville et son économie, et force ses habitants à s'entasser comme du bétail humain dans des centres fermés géants.

Ou, dans une capitale financière chinoise qui ne peut se permettre d'être mise à l'arrêt, à se barricader jour et nuit dans des bureaux transformés en forteresses-dortoirs, comme c'est déjà le cas de nombre de salariés.

C'est précisément ce qui a été décidé pour les ouvriers de l'usine Tesla de la ville, qui en temps normal produit environ 2.000 véhicules par jour, soit la moitié de ce que sort l'entreprise chaque jour dans le monde entier.

Comme l'a rapporté Bloomberg le 18 avril, et après une fermeture mettant en péril la santé globale de la firme, un mémo interne à l'entreprise explique qu'ils devront entrer dans un système «en circuit fermé», et ce jusqu'au 1er mai au moins.

Le bagne moderne

En clair? Il doivent désormais dormir, manger et vivre sur place. Pas dans des dortoirs, qui n'existent pas, mais semble-t-il à même le sol –un matelas et une couverture leur seront tout de même prêtés. Le mémo précise que des zones spéciales sont en cours d'installation pour les ablutions et pour l'alimentation, ainsi que pour les loisirs.

Testés dès leur entrée dans ce circuit fermé, les salariés bénéficieront d'un coupon quotidien d'une valeur d'environ 400 yuans (58 euros) pour leurs dépenses à l'intérieur de cette infernale usine quasi-carcérale, le montant pouvant varier selon la position hiérarchique de la personne.

Les ouvriers n'auront pas beaucoup de temps pour les loisirs que leur prépare Tesla (peut-être des jeux vidéo sur les chaînes de construction automobile?): il est attendu d'eux qu'ils turbinent douze heures par jour, six jours par semaine, en lieu et place des trois-huit habituels.

Comme le note Business Insider, si la chose est nouvelle pour Tesla, elle ne l'est pas pour bien d'autres usines chinoises, qui disposent déjà des installations nécessaires pour conserver, jour et nuit, leur main-d'œuvre sur place.

De peur que l'activité économique ne ralentisse trop, les autorités locales poussent les usines à imiter GM, SAIC et ses 5.000 ouvriers ou désormais Tesla, et à reprendre leurs activités dans de tels circuits fermés.

Au total et dans tous les secteurs (comme l'informatique avec Quanta Computer, qui assemble les MacBook d'Apple), 600 usines auraient déjà répondu à l'appel. Ce sont donc des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses qui y vivront et travailleront ces prochaines semaines, comme dans des bagnes modernes –et rémunérés.

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