Qui n'a pas essayé de programmer Tetris sur sa calculatrice graphique? | Ray Reyes via Unsplash
Qui n'a pas essayé de programmer Tetris sur sa calculatrice graphique? | Ray Reyes via Unsplash

Comment Texas Instruments a bâti son empire de la calculette graphique

Sortie en 2004, la TI-84 demeure la référence dans les classes américaines et se vend toujours au même prix.

À l'ère des smartphones et d'internet, les calculatrices scientifiques sont, de manière surprenante, encore indispensables.

Les premiers modèles de Casio ou Sharp datent du milieu des années 1980, mais le produit ne commence à s'imposer comme une référence dans l'éducation que quelques années plus tard, en 1990, lorsque Texas Instruments (TI) sort sa TI-81.

À l'époque, professeur·es et étudiant·es restent ravi·es de dessiner leurs graphiques sur du papier et, pour s'imposer dans les classes, Texas Instruments adopte une stratégie agressive.

Comme le raconte The Hustle, l'entreprise contacte de gros éditeurs de manuels scolaires et noue des partenariats. On y trouve des excercices de maths spécifiques, accompagnés d'images des boutons de la calculatrice de TI.

Ses lobbyistes font le pied de grue devant le département de l'Éducation américain et le fabricant obtient les autorisations pour que la calculatrice soit autorisée pendant les examens officiels.

Se rendre indispensable

Texas Instruments «s'est arrangé pour que le genre d'objet que vous êtes autorisé à apporter pendant un test soit plus ou moins limité à leur calcultrice», explique une source anonyme du milieu de l'éducation à The Hustle.

Entre 2005 et 2009, selon ProPublica et OpenSecrets, TI aurait payé des lobbyistes pour harceler le gouvernement à une époque où les technologies mobiles et les applications commençaient à devenir des menaces. L'entreprise aurait même poussé la législation du Texas à imposer aux étudiant·es le cours Algebra II, qui nécessite l'utilisation d'une calculatrice graphique Texas Instruments.

En parallèle, l'entreprise met en place des programmes pour que les professeur·es se forment à utiliser les TI et lance un numéro d'urgence (1-800-TI-CARES). Dans les années 2000, TI a vendu 20 millions de calculatrices à un peu plus de 100 dollars pièce (91 euros): de quoi équiper 40% des lycéen·nes américain·es.

Best-seller, la TI-84 sort en 2004 au prix de 120 dollars (110 euros). À l'époque considérée comme un produit d'avant-garde, elle est aujourd'hui complètement obsolète et surtout, le prix de ses composants a drastiquement chuté.

Un analyste estime qu'un modèle TI-84 coûte 15 ou 20 dollars à assembler –TI ferait donc un bénéfice de 50%, bien au-delà de la moyenne du marché (6,7%).

Un marché qui ne change pas

Pourtant, la TI-84 se vend toujours au même prix et continue d'être utilisée par 90% des professeur·es américain·es, qui ne sont que 6% à utiliser des logiciels ou applications comme Desmos, un calculateur graphique en ligne gratuit.

En France aussi, les calculatrices graphiques conservent leur monopole dans les classes. En 2018, 1,6 million d'unités ont été vendues, Casio dominant légèrement le marché. La marque japonaise s'est adaptée plus vite aux normes des examens français et ses prix sont également plus attractifs.

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