Elon Musk, pensif, le 10 février 2022. Peut-être pas suffisamment. | Jim Watson / AFP
Elon Musk, pensif, le 10 février 2022. Peut-être pas suffisamment. | Jim Watson / AFP

L'idiotie d'Elon Musk a-t-elle permis à des spéculateurs de «shorter» l'action d'Eli Lilly?

Fortune et manipulation des marchés pour 8 dollars par mois.

C'est peu de le dire: entre licenciements massifs et brutaux et démissions bruyantes et inquiétantes des équipes chargées de la sécurité de la plateforme, les premières semaines de règne d'Elon Musk sur un Twitter qu'il a ravalé et ravagé de fond en comble pour 44 milliards de dollars (42,5 milliards d'euros) ne sont pas un fleuve tranquille.

L'une des décisions les plus emblématiques du par ailleurs patron de Tesla et SpaceX a été de bouleverser le processus de certification des comptes sur la plateforme. Jusqu'ici, l'obtention du petit macaron bleu accolé au nom du compte pour garantir son caractère officiel nécessitait une vérification d'identité et n'était réservé qu'à certains abonnés –entreprises, personnel politique, journalistes, célébrités, etc.

C'était, bien sûr, la manière la plus simple et évidente, pour les anciennes équipes dirigeantes de la plateforme, d'endiguer la vague de comptes faux et parodiques qui pouvait faire fuir marques, annonceurs et personnalités.

Mais Elon Musk, qui a besoin de très vite combler l'énorme dette qu'il a créée (et le paiement des intérêts) lors du rachat d'un nouveau jouet qui a toujours peiné à être profitable, a besoin de créer du cash flow. Et s'il veut éviter la banqueroute qu'il envisage publiquement, il en a besoin vite.

Alors très rapidement –et apparemment sans réfléchir–, il a permis à toutes celles et ceux qui le désiraient, contre un abonnement à 8 dollars par mois à Twitter Blue, de voir leurs comptes dotés de ce désirable petit macaron bleu. «Pouvoir au peuple», s'exclamait-il, comparant l'ancien système de certification au monde féodal des «seigneurs et paysans».

Le tout sans aucune vérification, sinon que le compte en question ait bien 8 dollars à verser avec un quelconque moyen de paiement. Il ne faut pas être rocket scientist pour deviner le chaos et la confusion qu'une telle politique pouvait engendrer.

Les annonceurs, qui se sont mis à stopper en masse leurs campagnes publicitaires sur Twitter, l'ont très bien compris –jusqu'à pousser Musk à passer par SpaceX, qui a curieusement investi dans de la pub sur la plateforme, pour rattraper un peu de sa propre gaffe.

La décision de laisser tomber ces vérifications a eu d'autres conséquences. Immédiatement, son abyssale bêtise s'est fait jour: une armée de plaisantins et de blagueuses a créé de faux comptes officiels «certifiés», qui ont fait quelque vrais dégâts, très tangibles.

Un vrai-faux George W. Bush à macaron officiel a ainsi affirmé que «tuer des Irakiens lui manquait», ce à quoi un faux-vrai Tony Blair répondait «Moi aussi, pour être honnête». Elon a quant à lui été imité par des dizaines de simili-Musk. Le véritable acheteur de la plateforme est finalement intervenu afin de bannir les comptes concernés.

La blague à 16 milliards

Les marques et grandes entreprises n'ont pas été épargnées; et les choses, sur un plan légal, devraient doute beaucoup se corser. Avec tous les atours de la certification officielle, un parfaitement faux compte de la marque Chiquita, considérée comme «la mère des républiques bananières», a ainsi annoncé l'initiation d'un coup d'État au Brésil, forçant le véritable compte à un drôle de démenti.

Lockheed Martin, géant américain de l'armement, a quant à lui proclamé arrêter ses ventes d'armes à l'Arabie saoudite, à Israël et même aux États-Unis, pour des raisons liées au respect des droits humains. Il s'agissait également, bien entendu, d'une vanne, coûteuse s'il en est.

Exemple le plus fort, le plus stupéfiant de ce chaos: un faux compte du mastodonte pharmaceutique Eli Lilly a clamé que l'insuline serait désormais gratuite aux États-Unis, où le jeu du marché fait qu'elle peut coûter plus de 1.000 dollars par mois à une personne malade.

Hautement politique et très sensible aux États-Unis, la question du prix de l'insuline, un produit basique et accessible dans la plupart des pays du monde, est par conséquent revenue sur la table, mettant Eli Lilly dans une position des plus délicates et l'obligeant à démentir, au travers d'un post sur son véritable compte officiel cette fois, ce qui semblait être une nouvelle extrêmement positive.

Mais sur les marchés financiers, sensibles à la moindre rumeur, le mal était fait. De la même manière que le faux tweet de Lockheed Martin semble avoir sérieusement entamé le cours de l'action de la firme de défense, le laboratoire (comme ses actionnaires) a perdu gros dans les minutes suivant son annonce pourtant fictive, avec un gadin entamant sa capitalisation boursière de 16 gros milliards de dollars.

Ce qui a pu être vu comme un mélange d'humour coûteux et d'activisme politique pose également de vastes questions sur une possible manipulation des marchés. En «shortant» l'action Eli Lilly avant que la rumeur ne soit lancée et que tout ne se casse la gueule, donc en spéculant sur une baisse qu'ils auraient pu eux-même provoquer pour quelques dollars, des investisseurs malicieux auraient ainsi pu empocher de juteuses sommes.

La U.S. Securities and Exchange Commission (SEC), gendarme américain des marchés financiers, a longtemps eu maille à partir avec Elon Musk, dont les tweets incontrôlés autour de Tesla ont, dès 2018, pu être considérés comme des manipulations pures et simples du marché. L'homme a ainsi vu le régulateur se pencher sévèrement sur son cas et, notamment, le forcer à faire contrôler ses publications avant qu'elles ne soient publiées sur la plateforme.

Il est probable que la même SEC soit donc très attentive à ce qui se déroule en ce moment sur Twitter et décide de taper sérieusement du poing sur la table. En attendant, comme l'aveu d'un échec et d'une réflexion à très courte vue, Twitter Blue a été mis en pause.

Il est aussi probable que les sociétés touchées par ces plaisanteries à plusieurs milliards de dollars aient quelques mots fort peu amènes à dire au nouveau taulier du petit oiseau bleu. Après tout, Elon Musk est seul artisan de ce marasme: qui sait s'il ne pourrait pas être considéré comme personnellement responsable de ces pertes, entraînant potentiellement Tesla dans sa chute.

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