On vous voit quand même, Dara Khosrowshahi. | Scott Heins / Getty Images / AFP
On vous voit quand même, Dara Khosrowshahi. | Scott Heins / Getty Images / AFP

Uber, ou la «Champion's League» de l'évasion fiscale

La firme utiliserait pas moins de cinquante sociétés-écrans néerlandaises pour esquiver les impôts.

«C'est la Ligue des champions de l'évasion fiscale», accuse Jason Ward, du think tank australien Cictar à propos d'Uber. L'organisation, qui vient de dévoiler un rapport sur la compagnie de transport et de livraison, raconte comment l'entreprise utilise un montage complexe pour réduire sa facture fiscale.

«Malgré un chiffre d'affaires mondial de 5,8 milliards de dollars [4,7 milliards d'euros] en 2019, Uber a réussi à déclarer aux impôts une perte de 4,5 milliards», s'offusque Jason Ward dans le magazine néerlandais De Groene Amsterdammer.

Soixante-dix pourcent des sommes dépensées par la clientèle atterrissent sur le compte d'Uber NL Holdings 1 BV, une société qui chapeaute une cinquantaine d'autres filiales Uber et qui centralise le chiffre d'affaires de l'entreprise.

Résultat: l'entreprise ne paie pas ou peu d'impôts sur les bénéfices dans tous les pays où elle opère, tandis qu'elle parvient, par un savant jeu d'écritures comptables, à déclarer des pertes pour sa holding aux Pays-Bas.

En 2019, la propriété intellectuelle du logo d'Uber et son application ont par exemple été déplacés aux Bermudes. Cette «vente» a été financée par un prêt interne de 16 milliards de dollars auprès d'une société Uber à Singapour, avec un taux d'intérêt majoré de 6%.

«Ce prêt lui offre une déduction fiscale annuelle d'un milliard de dollars pour les vingt prochaines années», détaille le rapport de Cictar. Chaque entreprise nationale Uber paye également une somme disproportionnée de frais administratifs (58%) et de droits de propriété intellectuelle, «de sorte que presque toutes sont déficitaires sur le papier».

À terme, le manque à gagner fiscal pour les différents États serait de 556 millions de dollars (458 millions d'euros).

Écrans et opacité

Le montage d'Uber se distingue également par son opacité. «Au Royaume-Uni, par exemple, Uber a réussi à se qualifier en tant que petite et moyenne entreprise. Elle n'est par conséquent pas tenue d'y rendre un rapport financier public», raconte Jason Ward à De Groene Amsterdammer.

«En matière de flux financiers mondiaux, Uber est comparable à une banque internationale, mais l'entreprise n'est pas tenue de se conformer à une quelconque réglementation bancaire», poursuit-il.

Uber n'est certes pas la seule à pratiquer activement l'évasion fiscale. De nombreuses multinationales comme Starbucks, Facebook ou Google sont également connues pour minimiser le montant de leurs impôts avec des montages alambiqués.

Un manque de civisme qui commence à agacer. L'Europe s'est dotée d'un «bouclier anti-fraude fiscale» interdisant les pratiques d'évasion fiscale les plus courantes, comme le transfert de bénéfices d'une filiale à une autre. Des négociations sont également en cours à l'OCDE visant à instaurer un taux d'imposition minimal des bénéfices des entreprises au niveau mondial, qui pourrait atteindre 12,5%.

Mais la partie est loin d'être gagnée. Pas plus tard que le 12 mai dernier, Amazon a remporté en justice son combat contre la Commission européenne, qui considérait comme illégaux les rabais fiscaux obtenus au Luxembourg.

Bruxelles avait déjà perdu face à Apple en juillet 2020, les juges de la Cour de justice européenne annulant le remboursement à l'Irlande de 13 milliards d'euros d'avantages fiscaux que l'UE estimait indus.

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