Après avoir racheté la start-up aux principes idéalistes, Uber a disséminé ses vélos sur les trottoirs. | Richard Sagredo via Unsplash
Après avoir racheté la start-up aux principes idéalistes, Uber a disséminé ses vélos sur les trottoirs. | Richard Sagredo via Unsplash

Comment Uber a jeté l'idéalisme de JUMP à la décharge

En même temps que des dizaines de milliers de ses vélos.

Les gros vélos rouges JUMP sont aujourd'hui l'un des symboles les plus visibles des véhicules qui ont envahi nos trottoirs du jour au lendemain, sans qu'autorités ou riverain·es n'aient eu leur mot à dire.

Cette image est pourtant à l'opposée de la philosophie initiale de l'entreprise, raconte Motherboard dans une longue enquête au cours de laquelle ont été interviewé·es des dizaines d'ex-employé·es.

À l'origine, l'entreprise s'inspire des Vélib' parisiens. Son fondateur imagine un système similaire mais plus souple, où les vélos peuvent être attachés dans des stations dédiées mais aussi à des arceaux à vélos classiques.

Initiative durable

Il fonde Social Bicycles (SoBi) en 2010. La stratégie de l'entreprise est de répondre aux appels d'offres des municipalités puis d'engager un processus d'intégration de deux ans, au cours duquel elle discute avec des collectifs de quartier pour déterminer où placer ses stations au mieux, afin que les vélos puissent y rester durablement et servir aux habitant·es.

Tout change en 2016 lorsque les start-ups chinoises Ofo et Mobike déboulent sur le marché avec des vélos «dockless» –un verrou intégré, en bloquant la roue arrière, permet de déposer la bicyclette n'importe où.

Dès lors, tout le monde peut garer son vélo au milieu du trottoir et transformer ce véhicule en objet de nuisance, une pratique qui va à l'encontre de l'objectif de SoBi. Les entreprises à l'origine de ce bouleversement n'ont pas besoin de négocier des années. En payant des fortunes aux villes dans lesquelles elles souhaitent s'implanter, elles s'offrent les moyens de larguer le plus de bicyclettes possibles sur les trottoirs.

Tant que le portefeuille suit, ces firmes affichent une croissance exponentielle: une douce musique aux oreilles des investisseurs, qui commencent à insuffler des milliards dans ce type de business model. Ce dernier sera également utilisé pour les flottes de trottinettes électriques.

L'ouragan Uber

L'arrivée de ces start-ups est un coup dur pour SoBi, qui doit trouver un moyen de survivre. L'entreprise se tourne vers Uber, qui la rachète en 2018 et la renomme JUMP. Les vélos ne deviennent pas «dockless» pour autant, mais Uber applique les méthodes agressives qu'on lui connaît.

Finies les longues négociations et les consultations de collectifs de quartier. Uber dépose des centaines de milliers de vélos dans les rues puis se bat contre les municipalités récalcitrantes. L'entreprise finit par abandonner l'idée des stations fixes et remplace les solides verrous en U par des cadenas souples.

Les vélos deviennent ainsi bien plus faciles à voler. La start-up engage des entreprises de sécurité pour aller récupérer, parfois violemment, les véhicules dérobés. Motherboard raconte la forte baisse de moral qui se fait alors sentir parmi les salarié·es historiques de SoBi.

Un grand nombre d'entre elles et eux a fini par quitter l'entreprise lors du plan social massif qu'Uber a déclenché à la suite de la crise de Covid-19. L'entreprise en a profité pour céder JUMP à Lime, à peine deux ans après l'avoir achetée. Les dizaines de milliers de vélos qui lui restaient sur les bras ont été envoyés à la casse.

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