La police surveille le siège de l'entreprise lors d'une manifestation à San Francisco le 27 août 2019. | Justin Sullivan / AFP
La police surveille le siège de l'entreprise lors d'une manifestation à San Francisco le 27 août 2019. | Justin Sullivan / AFP

Uber a choisi l'illégalité (et ne va pas s'arrêter en si bon chemin)

L'entreprise n'entend pas se soumettre à la loi californienne qui vient d'être votée pour contrer son modèle économique.

Malgré un intense lobbying de la part de Lyft et Uber, la «gig economy» a finalement reçu son plus important revers à ce jour. L’assemblée de Californie a voté la loi AB5, censée permettre à des milliers de personnes qui travaillent en indépendant de passer au statut salarié.

Cette mesure devrait prendre effet au 1er janvier 2020. Uber ne compte pas plier face au législateur. La société a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne se soumettrait pas à la nouvelle réglementation, estimant qu’elle ne s’applique pas aux personnes qu'elle emploie.

L'entreprise feint probablement d'ignorer que le texte a été cousu sur-mesure pour contrer son modèle économique. Uber attend d'être attaquée en justice afin de continuer le combat dans l'arène des tribunaux.

En parallèle, Uber, Lyft et Doordash (livraison de nourriture) ont promis de consacrer chacune 30 millions de dollars (27 millions d’euros) pour lutter contre la loi. Les trois entreprises se serrent les coudes afin de proposer un accord visant le statu quo en ce qui concerne les VTC californiens, tout en faisant quelques concessions, notamment sur le salaire minimum.

Guérrilla législative

Ce genre d’annonce était attendue. La méthode est classique de la part de Uber. L'entreprise conquiert de nouveaux territoires en transgressant délibérément la loi. À ses armées de lobbyistes la mission de faire en sorte que ce soit le cadre législatif qui s'adapte.

Uber utilisait même un programme appelé Greyball afin d'identifier les autorités des villes où elle n’avait pas le droit d’opérer pour leur interdire l'accès à l'application et éviter de se faire prendre en flagrant délit.

Lorsque ces techniques de guérilla ne fonctionnent pas, l'entreprise préfère simplement quitter un marché qu'elle narrive pas à formater selon ses desiderata. En 2016 par exemple, la ville d’Austin avait forcé Uber et Lyft à vérifier que les personnes qui conduisent pour elles n’avaient pas de casier judiciaire. Une mesure qui avait poussé les deux entreprises à quitter la villeavant de revenir en 2018 à la faveur d'un changement de législation.

Uber était supposée s'être assagie après le départ en 2017 de Travis Kalanick, son PDG et fondateur, accusé de corruption, d'espionnage et d'avoir contribué à installer un climat sexiste et agressif au sein de l'entreprise. Même acculée, la firme ne semble pas à bout de coups de Trafalgar.

Le lobbying de Uber, Lyft ou Doordash n'a pour l’instant pas été couronné de succès en Californie. Il serait risqué pour ces trois entreprises d’abandonner ce riche et prospère État –où sont installés les sièges sociaux des deux dernières.

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