Dara Khosrowshahi, le PDG d'Uber à Wall Street après l'introduction de son entreprise en bourse le mai 2019 | Johannes Eisele / AFP
Dara Khosrowshahi, le PDG d'Uber à Wall Street après l'introduction de son entreprise en bourse le mai 2019 | Johannes Eisele / AFP

À chaque course, vous faites perdre de l'argent à Uber

La capitalisation à plusieurs milliards de dollars de la société occulte l'aberration de son modèle économique.

Les récents résultats financiers d'Uber ont beau être impressionnants, ils ne le sont pas pour les bonnes raisons. Au second trimestre 2019, l'entreprise de VTC a enregistré une perte de 5,2 milliards de dollars (près de 4,6 milliards d'euros).

Ce trou de taille était attendu à la suite de l'introduction en bourse de l'entreprise au mois de mai, laquelle a entraîné des rémunérations en actions à hauteur de 3,9 milliards. Sans cet événement, ses pertes s'élèvent tout de même à 1,3 milliard de dollars: une somme colossale, d'autant plus qu'elle est à cumuler avec le milliard qui s'était déjà envolé au trimestre précédent.

Aberration du capitalisme

Ces chiffres donnent l'occasion de rappeler à quel point le modèle économique d'Uber repose sur une aberration. En théorie, son avantage consiste à réduire les coûts du personnel qui assure les courses en son nom, puisque l'entreprise ne le salarie pas. Point de rémunération minimum à débourser ni d'avantages sociaux à assurer pour la société qui reporte les charges sur les personnes qu'elle fait travailler.

L'ensemble de l'activité est pilotée par l'application et par les indépendant·es. Par ailleurs, mettre une nouvelle voiture en circulation ne demande pas un gros investissement en ressources humaines. Pas plus qu'en essence, qu'en maintenance, etc.

Comme celui de toute start-up, le modèle économique d'Uber a connu une croissance rapide grâce à des investissements en masse, lesquels permettent des économies d'échelle significatives. Malgré sa taille monstrueuse, l'entreprise continue de pratiquer des prix trop bas pour être profitables.

Des gains, oui, mais sans êtres humains

Pour renverser la vapeur, Uber ne peut pas augmenter ses prix, au risque de faire fuir sa clientèle vers une concurrence qui en deviendrait plus attractive. Lyft, qui se trouve engluée dans les mêmes tourments, commence à envisager une hausse de ses tarifs. À l'inverse, Uber multiplie promotions et investissements afin de rester compétitive et pénétrer de nouveaux marchés.

De fait, l'entreprise perd de l'argent à chaque course. Pour compenser, elle fait appel à des flux d'argent colossaux apportés via des levées de fonds: une partie de vos trajets est probablement payée par un fonds d'investissement situé quelque part en Californie.

Uber pourra-t-elle un jour gagner de l'argent? L'une des solutions consisterait à maintenir ses prix au plus bas le temps qu'il faudra pour disqualifier la concurrence afin d'atteindre une situation quasi monopolistique. Rien de tel pour contrôler les prix du marché –un choix que les autorités de certains pays qui ne transigent pas avec la concurrence pourraient voir d'un œil noir.

L'autre possibilité envisagée repose sur la technologie des voitures autonomes. Plus tôt ces dernières verront le jour, plus vite l'entreprise pourra se passer des être humains –son premier poste de dépenses. Nous en sommes encore loin.

Dans un cas comme dans l'autre, Uber ne pourra pas faire sans ses actionnaires, qui devront accepter de subventionner vos trajets encore quelque temps.

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