Un obusier à Kherson, en Ukraine, le 5 novembre 2022. | Metin Aktas / Anadolu Agency / Anadolu Agency via AFP
Un obusier à Kherson, en Ukraine, le 5 novembre 2022. | Metin Aktas / Anadolu Agency / Anadolu Agency via AFP

Boum: pour épuiser la Russie, les États-Unis vont multiplier par six leur production de munitions

Les grands moyens, pour l'Ukraine comme pour l'US Army.

Depuis le début de la guerre d'invasion russe en Ukraine, les États-Unis envoient armes et munitions en nombre à Kiev, afin de l'aider à rester à flot –voire à faire mieux– face à Moscou.

Le problème, c'est que pour faire parvenir ces pétoires et leurs projectiles (Javelin, Stinger et Mistral, M270 et M142 Himars, M177 ou Caesar, GLSDB, simples obus de 155 mm envoyés à plus d'un million d'exemplaires) à Kiev, l'état-major américain, comme ses alliés européens –où le souci semble plus aigu encore–, puise dans ses stocks nationaux. Or, les armes commencent à manquer, pour l'aide comme pour la défense du pays lui-même.

Lors d'une récente conférence, l'un des porte-parole du géant de l'armement Raytheon a ainsi expliqué que les envois de lance-missiles antiantichars Javelin à l'Ukraine représentaient l'équivalent de cinq ans de production. Pour les systèmes anti-aériens Stinger, on parle de treize ans.

L'armée américaine, qui n'aime pas voir ses stocks stratégiques baisser à ce point, qui parie sur un conflit au long cours et souhaite voir bien au-delà, n'est pas du genre à faire les choses à moitié. Elle a donc annoncé une augmentation de la production nationale de munitions et d'armement. Et on ne parle pas d'une petite croissance: dans certains cas, elle pourrait être multipliée par six dans les toutes prochaines années.

Un officiel de l'armée, Douglas Bush, a donné quelques détails à DefenseNews sur cette dantesque relance de l'industrie de défense. Selon lui, tout est déjà financé sur des années, d'abord afin de tripler la cadence de production d'obus de 155 mm, puis la doubler à nouveau si ce n'est pas suffisant.

Bras de fer et d'acier

L'idée, notamment, est d'entamer un bras de fer industriel avec la Russie, dont l'économie souffre et dont la propre industrie est fortement handicapée par les sanctions imposées par l'Occident. Ces derniers mois, Moscou a même dû faire appel à l'Iran pour ses drones et missiles, voire à la Corée du Nord pour ses obus.

Se lancer dans un marathon de munitions pour voir son ennemi s'essouffler dans l'effort: bien que les choses soient cette fois beaucoup plus réelles, il y a comme une légère réminiscence de l'Initiative de défense stratégique –la «guerre des étoiles» pensée par Reagan– et de la ruine de l'URSS à laquelle elle a contribué dans les années 1980.

«Nous pouvons en ce moment aider l'Ukraine, mais le plan est sur le moyen et le long terme, affirme Douglas Bush à DefenseNews. Si cette guerre dure trois ou quatre ans, nous serons en bonne position pour produire bien plus que la Russie –et si l'on combine cela avec les capacités de nos alliés, celles de Moscou paraîtront minuscules. Ils ne pourront pas tenir la cadence.»

Le même officier note que les obus ne sont pas les seuls concernés par ce vaste programme, dont la tenue dans le temps nécessitera l'imprimatur régulier des législatures en place. Ainsi, les projectiles guidés que tirent les Himars, tout comme les Javelin, devraient eux aussi voir leur production doublée.

Les lanceurs eux aussi sont concernés: les Himars devraient ainsi sortir en masse des lignes américaines, notamment parce que la demande ne concerne pas que l'Ukraine mais de nombreuses nations, notamment du front est de l'OTAN, cherchant à s'en doter en grandes quantités, à l'image de la Pologne.

Le fait d'imaginer un plan comme celui-ci, s'étalant sur plusieurs années et reposant sur des chiffres concrets, permettra aux firmes américaines de l'armement d'investir dans leurs usines sans crainte que la demande ne s'assèche trop vite. C'est, par ailleurs, ce que réclament certains leaders européens, comme Emmanuel Macron en France ou Olaf Scholz en Allemagne, pour leurs propres filières et forces armées.

«Il faut être clair quant à la demande et aux volumes, sur plusieurs années, et l'industrie pourra ensuite développer ses capacités, explique Ellen Lord, ancienne sous-secrétaire à la Défense. Mais les cadres de ces firmes ne peuvent pas aller voir leur comité de direction et dire: “Eh, je pense qu'il va y avoir beaucoup de commandes bientôt, dépensons 50 millions pour construire une nouvelle usine et croisons les doigts.”»

Les personnes interrogées par DefenseNews admettent qu'il reste encore beaucoup à faire pour que cette machine industrielle de guerre soit intégralement sur pied et que les actuels points de blocage se lèvent. Les États-Unis y travaillent d'arrache-pied, et Moscou –comme d'autres rivaux plus lointains– doit observer cela avec un certain intérêt.

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