Du grain, du grain, encore du grain. | Daniel Mihailescu / AFP
Du grain, du grain, encore du grain. | Daniel Mihailescu / AFP

Pour sauver le monde de la famine, il faut briser le blocus russe en mer Noire

Comment desserrer ce mortel étau?

C'est désormais l'un des enjeux mondiaux principaux de la guerre initiée par la Russie en Ukraine. Cette dernière est l'une des grandes productrices de céréales du monde, surnommée le «grenier de l'Europe» et dont, notamment, les estomacs des habitants d'une partie importante du pourtour méditerranéen dépendent.

Moscou, qui se sert sur la bête et n'hésite pas à détruire stocks et infrastructures ukrainiennes ou à voler en masse du matériel agricole, a fait de ces grains une arme géopolitique majeure.

Ces céréales sont ainsi devenues pour le Kremlin un moyen de pression sur l'Occident afin qu'il lève une partie des sanctions imposées à la Russie, en échange –très cynique– d'une «aide» qui pourrait sauver des millions de personnes d'une longue et terrible famine.

Nombre de nations, de commentateurs politiques et d'analystes militent donc non pour un allègement de ces sanctions, destinées à briser la machine de guerre russe, mais pour la levée du blocus russe des ports ukrainiens sur la mer Noire, notamment celui d'Odessa, via lesquels le pays abreuve habituellement le monde de son blé, de ses graines ou de son huile de tournesol.

Comment faire? La première des solutions est de ne plus passer par la mer mais par la terre. Comme l'explique Bloomberg, très tôt dans le conflit, les nations européennes se sont mises en branle pour augmenter leurs importations de grain ukrainien par la route ou le rail.

Malheureusement, inventer ainsi du jour au lendemain de nouveaux flux terrestre pour une telle production n'a rien de simple. S'il est en cours et allège quelque peu la pression, le processus se heurte à de nombreux problèmes.

Incompatibilité entre les systèmes ferroviaires de l'ex-Union soviétique et ceux d'Europe de l'Est nécessitant de jongler avec les chargements, manque de trains, de wagons ou de conteneurs, nécessité de rénover des réseaux tombés depuis longtemps en désuétude, pénurie de chauffeurs routiers: passer par la terre n'a rien de simple.

C'est donc sur la mer que tout doit se jouer: il faut trouver un moyen pour que les navires puissent accoster dans les ports encore contrôlés par l'Ukraine sur la mer Noire, charger une partie des 25 millions de tonnes de céréales bloquées dans ses réserves, puis aller alimenter le reste du monde.

«Échouer à ouvrir ces ports dans la région d'Odessa sera une déclaration de guerre à la sécurité alimentaire mondiale», a récemment prévenu David Beasley, patron du Programme alimentaire mondial de l'ONU. Cela pourrait se faire par l'escorte militaire de navires de transport; Emmanuel Macron a quant à lui proposé à son homologue russe que la levée du blocus soit validée par une résolution de l'ONU.

Il a coulé mon porte-avions!

Ainsi que l'explique Politico, les navires et démineurs d'une coalition formée pour l'occasion, idéalement de nations directement concernées par le blocus comme l'Égypte, pourraient accompagner les allées et venues des navires de grains.

C'est la solution d'urgence que propose la Lituanie, avec le soutien du Royaume-Uni –entre autres. La Russie ne pourrait formellement s'y opposer: le tout se passerait dans les eaux ukrainiennes ou internationales, sur lesquelles elle n'a aucun droit particulier.

La Turquie, en revanche, aurait son mot à dire: en vertu des dispositions de la convention de Montreux de 1936, elle dispose d'un droit de regard sur les navires passant le détroit des Dardanelles et, surtout, du Bosphore, notamment lors d'un conflit militaire. Ankara, qui a interdit le passage aux navires russes début mars, pourrait ainsi constituer le gendarme naturel de cette ouverture du blocus en mer Noire.

Mais ce qui semble relativement simple sur le papier pourrait être diablement compliqué dans la réalité. Dans une période de guerre et de tensions internationales fortes, l'intervention d'acteurs extérieurs au conflit pourrait être une source potentielle d'erreurs tragiques. Le drame du vol Iran Air 655, abattu par un navire américain en 1988 dans un contexte de tensions extrêmes, est encore dans toutes les mémoires.

Chef d'état-major des armées des États-Unis, le général Mark Milley ne dit d'ailleurs pas autre chose. Selon lui, de telles opérations d'escorte constitueraient des «missions militaires à haut risque qui nécessiteraient des efforts très importants».

En clair: il est très peu certain que les États-Unis engagent eux-mêmes leurs forces et navires dans cette ouverture du blocus russe de la mer Noire, par peur d'accidents incontrôlés et du risque d'escalade militaire, qui avait déjà fait refuser à la Maison-Blanche l'imposition d'une no-fly zone réclamée à cor et à cri par Kiev au début du conflit.

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