La dose unique, le secret du rebond mondial? | Michael Ciaglo / Getty Images North America / AFP
La dose unique, le secret du rebond mondial? | Michael Ciaglo / Getty Images North America / AFP

Le vaccin Johnson & Johnson sortira-t-il le monde de la crise?

Les études sur son efficacité sont attendues ces prochains jours, mais ses caractéristiques pourraient tout changer.

Après les nouvelles lumineuses que furent les annonces de l'efficacité des vaccins Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca-Oxford, avec néanmoins des études légèrement moins robustes pour ce dernier, sont venus d'embêtants nuages.

Les capacités de production des firmes concernées étant ce qu'elles sont, et ce malgré l'annonce de l'engagement d'entreprises tierces comme Sanofi, l'approvisionnement est largement insuffisant pour satisfaire la demande mondiale.

Après avoir annoncé une baisse temporaire de sa cadence de production, Pfizer a réalisé un étonnant tour de passe-passe comptable pour livrer moins de flacons aux États, faisant ainsi peser le risque que l'on pensait évité d'une pénurie de seringues.

Moderna produit au compte-gouttes et vend en priorité aux États-Unis, qui ont lourdement investi en amont dans son vaccin. Quant à AstraZeneca, elle a entamé un bras de fer avec l'Union européenne, qui lui demande des comptes et de la transparence à propos de ses promesses non tenues. Merck et Pasteur ont jeté l'éponge, Sanofi ne semble pas être dans une meilleure position.

De plus, ces trois vaccins, les seuls autorisés en Europe pour l'instant, nécessitent l'injection de deux doses, ce qui alourdit considérablement le processus et complique encore l'approvisionnement.

Nombre d'autres candidats sont en préparation, voire en circulation sur certains territoires, comme le contesté CoronaVac chinois ou le Russe Spoutnik V notamment. Mais, plus que les autres, l'un d'entre eux concentre les attentions internationales: celui de Johnson & Johnson (Janssen Pharmaceutica).

Fer de lance avec Moderna de l'opération Warp Speed, le vaccin de Johnson & Johnson a reçu de larges subsides de la part du gouvernement américain. Les résultats de ses essais cliniques de phase III devraient être connus d'ici quelques jours, avec néanmoins de premières études préliminaires très encourageantes.

«Après une simple dose, la réaction immunitaire semble similaire à celle que l'on a observée avec les deux doses des vaccins de Pfizer et Moderna, bien qu'il soit important de noter que des méthodes différentes ont été utilisées pour compter les anticorps», expliquait ainsi Sam Fazeli dans Bloomberg mi-janvier.

Basique, simple

Si le vaccin semble très en retard sur ses rivaux, et sous réserve bien sûr que ces résultats préliminaires soient confirmés par ceux d'une étude clinique solide, il dispose donc d'un atout de taille: il ne nécessitera, a priori, qu'une injection pour prévenir les infections graves ou moyennement graves.

Ce n'est pas tout: basée sur la méthode de l'adénovirus comme le sont les vaccins russes et celui d'AstraZeneca, la solution préparée par Johnson & Johnson ne nécessite qu'une réfrigération classique, à l'inverse de celles mises sur le marché par Moderna ou, pire, Pfizer.

Johnson & Johnson a donc peut-être, cela reste bien sûr à confirmer, trouvé la formule idéale pour une vaccination massive, et ce à la fois dans les pays développés et dans ceux ne disposant pas de réseaux logistiques ou médicaux aussi poussés.

La firme n'échappe malheureusement pas aux marasmes logiques d'un début de production, pourtant préparée de très longue date. Mais Johson & Johson est, en chiffre d'affaires, la plus grosse compagnie pharmaceutique du monde, ce qui lui offre a priori une assise suffisante pour accélérer grandement la cadence dans les mois qui viennent.

Au moment où l'OMS interpelle les nations occidentales pour qu'elles cessent d'«accaparer les vaccins», le FMI prédit un rebond économique mondial plus fort que prévu, tout en mettant en garde contre les inégalités dans les processus de vaccination.

Si ceux-ci permettront une réouverture complète des économies, voire leur rebond comme en Chine, une étude citée par le Guardian explique que la vaccination des pays pauvres ne constitue pas uniquement pour les nations les plus riches un devoir moral, mais une nécessité économique.

Selon la Chambre de commerce internationale, du fait d'une baisse des exportations ou de ruptures dans les chaînes de production, jusqu'à 7.500 milliards d'euros pourraient être perdus par les pays occidentaux si un programme de vaccination massif et mondial n'était pas mis en place rapidement.

De surcroît, laisser le virus circuler largement sur la planète se traduit par l'émergence possible de variants inédits, potentiellement plus problématiques encore que ceux contre lesquels les vaccins actuels semblent valides.

S'il devait s'avérer efficace, et malgré une priorité donnée aux États-Unis qui ont déjà commandé et payé leurs doses, la diffusion massive d'un vaccin tel que celui de J&J pourrait donc permettre au monde dans son ensemble de se sortir du marasme dans lequel il se trouve actuellement et, peut-être, mieux rebondir.

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