L'objet le plus prisé du moment. | Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
L'objet le plus prisé du moment. | Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Les vaccins, un jackpot financier mais un risque existentiel pour les laboratoires

Ils espéraient redorer leur blason. L'affaire se révèle moins facile que prévu.

Dès l'apparition du virus en mars dernier, des dizaines de laboratoires se sont lancés dans la course au vaccin. Avec à la clé un potentiel énorme: pour la première fois de l'histoire de l'humanité, une maladie touche tous les pays du monde et toutes les catégories de population, ce qui représente un potentiel de six milliards de personnes à inoculer.

Parmi les vainqueurs de ce défi inédit figurent le laboratoire Pfizer associé à la biotech allemande BioNTech, la startup américaine Moderna, l'anglo-suédois AstraZeneca, ou encore Johnson & Johnson, sans compter ceux qui sont encore en phase d'essai clinique et ont vu leur cours de bourse s'envoler au gré des résultats préliminaires.

Si AstraZeneca et Johnson & Johnson ont promis de vendre leur vaccin à prix coûtant durant la pandémie, Pfizer devrait lui engranger quinze milliards de dollars en 2021 grâce à son vaccin, ce qui en ferait le deuxième médicament le plus rentable de tous les temps, a calculé Quartz. Moderna n'a pas hésité non plus à gonfler ses prix, son vaccin étant le plus cher du marché (entre 52 et 60 euros par personne pour deux doses).

Au-delà des profits, l'épidémie constitue pour les laboratoires une excellente opportunité de redorer leur blason. Jusqu'ici, il faut avouer que les «Big pharma» avaient une bien mauvaise réputation.

Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, seuls 34% des Français avaient une bonne opinion de l'industrie du médicament en 2015, celle-ci étant accusée de faire du profit au détriment de la santé et d'exercer un lobbying délétère sur les médecins et les politiques.

Gare à la chute

Mais depuis le mois de janvier de l'an dernier, la part du public américain ayant une opinion positive du secteur a doublé, passant de 32% à 62%, indique le Financial Times. Et 56% des Britanniques affirment que leur point de vue sur l'industrie pharmaceutique s'est amélioré depuis le début de la pandémie.

L'affaire se révèle cependant moins facile que prévu. Il y a d'abord les retards de livraison, qui exaspèrent les gouvernements des différents pays commanditaires.

Mais il y a surtout les effets secondaires, avec lesquels AstraZeneca s'est pris les pieds dans le tapis. D'abord accusé de ne pas fonctionner sur les personnes âgées, son vaccin s'est retrouvé au cœur d'une suspicion sur des possibles cas de thrombose engendrés par l'injection.

Résultat: malgré les tentatives de réhabilitation des autorités de santé, 56% des Français ne veulent plus être vaccinés avec l'AstraZeneca, selon un sondage réalisé par FranceInfo. Sanofi, lui, s'est vu accusé d'incompétence après le retard pris par son vaccin, finalement annoncé pour début 2022.

Histoire de faire bonne figure, le laboratoire a mis ses usines à disposition de ses concurrents pour qu'ils y conditionnent leur propre formule. Une petite humiliation pour le leader mondial des vaccins humains.

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