Si les voitures électriques sont adoptées massivement, l'industrie automobile sera chamboulée. | Michael Fousert via Unsplash
Si les voitures électriques sont adoptées massivement, l'industrie automobile sera chamboulée. | Michael Fousert via Unsplash

L'électrique, une opportunité à hauts risques pour l'industrie automobile

Il pourrait y avoir en 2030 200 usines de véhicules électriques en trop par rapport à la demande.

Poussés par les nouvelles réglementations en matière d'émissions de CO2 et de primes à l'achat, les constructeurs automobiles ont entrepris une transition à marche forcée vers l'électrique. Selon un rapport du cabinet de conseil KPMG, les dix plus grands constructeurs mondiaux sont en train d'investir plus de 200 milliards dans la filière, «davantage que ce que la NASA avait dépensé dans les programmes Apollo».

Ce tsumami d'investissements fait craindre une surchauffe: «Si l'on considère une part de marché de 30% du véhicule électrique en 2030, la capacité mondiale de production se trouvera en excédent de 40 millions d'unités d'ici là», met en garde KPMG. Cela représente 200 usines en trop.

En 2018, l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) alertait déjà la Commission européenne sur les normes de réduction d'émissions, d'après elle trop exigeantes. «Une transition trop brutale vers l'électrique serait très pénalisante pour l'industrie automobile», avait alors alerté l'ACEA.

Emplois menacés

«La fabrication d'une voiture électrique, c'est 40% de main-d'œuvre en moins, résumait dans Le Parisien Maxime Picat, le directeur Europe de PSA. Il est normal de se préoccuper de l'impact de l'automobile sur la santé et l'environnement, mais notre secteur a besoin de temps pour s'adapter et digérer les mutations qui sont imposées.»

Une étude de l'Observatoire de la métallurgie prévient que 20% des emplois liés au secteur de l'automobile sont à terme menacés en France par l'électrification du parc, soit un total de 40.000 emplois.

«Parier trop gros et trop tôt sur l'électrique pourrait laisser les constructeurs traditionnels sans les véhicules à essence dont ils ont besoin pour maintenir leurs bénéfices. Mais prendre du retard risque de les faire disparaître, souligne Gary Silberg, un responsable de KPMG, dans une interview à Bloomberg. En se trompant de cinq ans, on peut faire faillite.» Silberg prédit d'ailleurs la disparition «d'au moins un ou deux des plus grands constructeurs automobiles» qui auront échoué dans cette transition délicate.

Autre souci, les coûts de maintenance sont considérablement réduits avec l'électrique. En moyenne, une voiture électrique rapporte 60% de moins qu'un véhicule thermique en réparation et pièces détachées, calcule KPMG. Or, ce business assure des marges conséquentes aux industriels. L'électrique risque de faire disparaître de nombreux garagistes. À l'inverse, elle devrait faire le bonheur des assureurs. On le voit, les gagnants d'aujourd'hui ne seront pas ceux de demain.

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