Industrialiser Airbnb et contourner les règles: cet exemple londonien risque se retrouver partout dans le monde. | Philippe Collard via Unsplash
Industrialiser Airbnb et contourner les règles: cet exemple londonien risque se retrouver partout dans le monde. | Philippe Collard via Unsplash

À Londres, la fraude autour de Airbnb s'industrialise

Un journaliste de Wired a décortiqué un business juteux mais frauduleux de locations à court terme d'appartements.

L'histoire que raconte James Temperton dans le Wired Britannique est longue, fouillée, hérissée de ramifications parfois suprenantes. On y trouve des personnages douteux, des call centers philippins, une armée de femmes de ménage, un immeuble entier d'appartements interchangeables à la décoration générique, des listings infinis sur Airbnb, booking.com ou Expedia, un professeur d'arnaque à la location à court terme –et même l'Église catholique.

Le centre de cette affaire ubuesque se situe dans le quartier de Battersea, à Londres. Via Airbnb, Termperton y a loué un appartement meublé. Lorsqu'il investit les lieux, il sent confusément que quelque chose cloche. Le studio ressemble énormément à celui dont il a vu les photos sur la plateforme. Les meubles, la décoration et même un tableau accroché au mur sont similaires –mais quelques détails prouvent qu'il ne s'agit pas du même endroit.

Intrigué, le journaliste creuse, comme l'avait fait Vice quelques mois plus tôt. Il découvre un véritable puzzle. Des dizaines d'annonces identiques ou ressemblantes, avec des «propriétaires» souvent variables. Des annonces différenciées par des photos simplement inversées pour échapper aux algorithmes anti-doublons. Une pluie de commentaires élogieux émanant d'une poignée de comptes semblant se congratuler les uns les autres.

Industrialisation et sous-traitance

Il découvre surtout que l'appartement qu'il a loué n'est que l'une des vingt-quatre unités que compte un bâtiment entier, transformé en hôtel fantôme et frauduleux, ouvert à l'année alors que la législation londonienne limite les sous-locations à quatre-vingt-dix jours –une réglementation inappliquée car inapplicable, dont se jouent les fraudeurs en jonglant avec les annonces, comptes et plateformes.

Lorsqu'il cherche à se renseigner, James Temperton tombe sur l'opératrice d'un call center situé aux Philippines. Dans le jargon des personnes qui ont industrialisé ces locations à courte durée, on appelle cela la «systémisation». Des annonces au ménage, l'intégralité de l'intendance est externalisée; une forme d'uberisation de l'uberisation.

Dans cet imbroglio, le journaliste croise Alex Milburn. Milburn est de la partie mais, mieux, il en explique les règles dans des masterclasses qu'il vend près de 1.200 euros à qui voudrait apprendre à faire fructifier le système en se jouant des règles.

L'idée est basique: négocier des baux de quelques années avec des propriétaires fonciers, en vue de louer les biens sur des durées longues. Puis, dans la réalité, les transformer en appartements proposés à prix d'or, pour quelques nuits, sur les plateformes spécialisées.

Les profits potentiels sont grands, et tout le monde, mis à part celles et ceux qui cherchent à se loger ou les hôteliers officiels, n'y voit que du feu. Comme l'Église catholique, propriétaire initiale et surprenante des lieux incriminés dans l'enquête de Wired.

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