Des agriculteurs ramassent des salades à Montesson, en région parisienne, le 27 avril 2020. | Ludovic Marin / AFP

Des agriculteurs ramassent des salades à Montesson, en région parisienne, le 27 avril 2020. | Ludovic Marin / AFP

Le secteur agroalimentaire tiendra-t-il le coup face à la pandémie?

Plongée dans une situation imprévisible, la chaîne mondiale de production de nourriture peine à s'adapter.

Lorsque l'épidémie de Covid-19 a atteint l'Europe, puis les États-Unis, l'un des premiers réflexes de la population a été de se ruer dans les supermarchés pour faire le plein de provisions –signe que l'une de nos plus grandes peurs lors d'une telle crise est, logiquement, de venir à manquer de nourriture.

Aux premiers jours du confinement, cette crainte a pu être alimentée par les files devant les magasins et les étalages vides. Mais quelles difficultés réelles rencontrent les chaînes de production et d'approvisionnement?

Malgré de courtes pénuries çà et là, c'est plutôt de la désorganisation qu'il faut s'inquiéter. Le secteur alimentaire est une machine bien huilée, mais qui repose sur la prévisibilité.

En agriculture, un arrêt de la production n'a pas vraiment de sens: si Domino's arrête d'acheter du fromage pour ses pizzas, les vaches continuent tout de même à produire du lait. Et c'est exactement ce qu'il se passe: des producteurs de lait sont contraints de détruire des millions de litres, des agriculteurs à se débarrasser de leur récolte, des éleveurs hésitent à euthanasier leurs bêtes.

Si le monde fait davantage les courses qu'avant, la demande de la part des restaurants, cantines d'entreprise ou écoles est en chute libre. Or, certains producteurs dépendent en grande partie voire en totalité de cette clientèle.

Consommation imprévisible

La réouverture des restaurants sera évidemment une très bonne nouvelle pour la filière alimentaire, et les restaurateurs espèrent profiter après le déconfinement d'une euphorie des consommateurs et consommatrices, ravi·es de pouvoir enfin revenir.

Mais après des semaines de cuisine à la maison et des pertes de revenus pour des millions de personnes, le retour aux habitudes pré-confinement est plus qu'incertain, sans parler des mesures de distanciation sociale à mettre en place et du manque de touristes.

La consommation des ménages est sens dessus dessous –à situation inédite, comportements imprévisibles. Certaines tendances semblent même s'opposer: d'un coté, la nourriture industrielle déjà préparée est très demandée; de l'autre, la cuisine maison est devenu un moyen de passer le temps.

De la même manière, les snacks et la comfort food se vendent bien mais les aliments sains aussi, notamment grâce aux personnes soucieuses d'entretenir leur système immunitaire.

L'industrie a du mal à prévoir ces variations. Bloomberg cite l'exemple des fermes mexicaines, qui ont au départ diminué leur production d'avocats, anticipant une baisse de la demande.

C'est l'inverse qui s'est produit: l'avocat et le guacamole figurent parmi les produits phares de la nourriture de confinement, et les prix ont bondi de 63% en seulement un mois.

Points de tension

Si la menace de famines majeures plane déjà sur certaines régions du monde, les pays développés semblent –pour l'instant– échapper aux risques de pénurie généralisée.

Il existe malgré tout des points de tension. Aux États-Unis, le New York Time identifie les abattoirs comme le «maillon faible» de la production alimentaire. Une cinquantaine d'entre eux assument environ 98% de l'abattage et de la préparation du pays; plusieurs ont dû fermer, ce qui a conduit à de micro-pénuries de viande, visibles jusque dans les rayons des supermarchés.

Les goulots d'étranglement de ce type, où la majorité de la production n'est assurée que dans une poignée de lieux, peuvent rapidement être mis à mal par une épidémie.

Autre exemple: le dioxyde de carbone. Une part des bulles des boissons gazeuses américaines sont produites dans quarante-cinq usines d'éthanol, qui revendent le CO2 issu de leur activité primaire. À cause de la pandémie et de la baisse de demande en carburant, trente-quatre de ces unités ont fermé et la production a baissé de 20%, entraînant une soudaine hausse des coûts.

En Europe, l'un des problèmes majeurs tient au fait que les récoltes sont habituellement assurées par de la main-d'œuvre à bas coût, venue d'Europe centrale et de l'Est ou d'Afrique du Nord. La fermeture des frontières pose un double enjeu, de subsistance pour ces intérimaires et de production pour les exploitations qui y font appel.

Les fermes ont reçu des candidatures de volontaires de leur propre pays, mais l'adaptation de personnes qui n'ont jamais travaillé aux champs à ce labeur difficile et mal payé s'avère parfois très compliquée.

L'allègement du confinement ne signifiera pas forcément un retour à la normale. Les travailleurs et travailleuses de pays où l'épidémie de Covid-19 a été moins sévère n'auront probablement pas envie de se précipiter dans des bus bondés en direction de la France, de l'Italie ou de l'Espagne, d'autant qu'une seconde vague de contamination risquerait de les isoler longuement de leur pays.

Ce manque de main-d'œuvre met en lumière une faille dans l'adaptabilité et la souplesse de l'agriculture européenne. «À l'avenir, il faudra réfléchir à comment réorganiser la chaîne de production de nourriture pour nous assurer d'être plus résiliants», souligne Pekka Pesonen, le secrétaire général du Comité des organisations professionnelles agricoles, qui regroupe des syndicats agricoles européens.

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