Jouer sur la peur pour vendre des alarmes, pas très disruptif. | Ring

Jouer sur la peur pour vendre des alarmes, pas très disruptif. | Ring

Amazon se lance dans les faits divers pour vendre ses systèmes d'alarme

L'entreprise veut intégrer des alertes sur les événements inquiétants locaux à son écosystème de surveillance de domicile et de voisinage.

La rubrique «faits divers» des journaux est une rubrique impérissable, notamment dans la presse locale. Grâce à elle, le lectorat peut se tenir au courant des accidents, crimes ou cambriolages qui ont eu lieu dans le voisinage.

Dans l'idéal, ces articles servent une communauté. Ils permettent de savoir si tout le monde va bien après un incendie, s'il y a des personnes à aider après une tragédie, de rendre hommage à une victime ou de témoigner de sa solidarité après une agression.

Mais il y a une raison pour laquelle ces rubriques s'appellent «faits divers». Les événements relatés sont la plupart de temps des incidents isolés, et n'ont pas vocation à être partagés plus loin que chez les quelques personnes concernées.

Car lorsqu'ils sont soigneusement choisis, puis agrégés et largement partagés, leur accumulation peut déclencher une sensation artificielle de danger et provoquer peur et paranoïa.

L'extrême droite l'a d'ailleurs bien compris. De nombreux blogs (Fdesouche et consorts) et même des livres (La France Orange mécanique) agrègent les faits divers de tout le pays, généralement dans le but de stigmatiser une communauté en particulier, et suggérer qu'elle est une importante source de violence.

Mais les racistes ne sont pas les seul·es à faire leur beurre sur le sentiment d'insécurité. C'est sur ce même mécanisme qu'a décidé de s'appuyer Amazon afin de vendre sa sonnette connectée Ring, qui a déjà défrayé la chronique en janvier dernier.

Paranoïa high-tech

La société américaine veut engager un·e journaliste qui sera chargé·e d'éditer des «alertes contenant des informations sur la criminalité» à envoyer aux propriétaires de produits Ring. Les qualifications requises sont «avoir un talent pour le storytelling engageant et à fort impact» et savoir «utiliser les réseaux sociaux pour rassembler des infos».

Ring est une start-up achetée par Amazon en février 2018r. Elle produit des sonnettes d'entrée connectées équipées de caméra HD, vision nocturne à infra-rouge, micro et détecteur de mouvement. Elle peut envoyer une alerte si elle détecte du mouvement et transmettre à tout moment un flux vidéo en live. Le tout peut se contrôler par Alexa, l'intelligence artificielle d'Amazon.

Autour de l'objet, Amazon a créé tout un écosystème de sécurité du domicile. Alarmes, détecteurs, capteurs pour savoir lorsqu'une porte ou une fenêtre est ouverte, caméras, abonnement à un service de sécurité… Le nécessaire pour transformer une maison en forteresse, le tout concentré dans une seule application smartphone.

Un équipement onéreux pour lequel des client·es effrayé·es seront donc plus susceptibles de casser leur tirelire. Ce qui promet à Amazon des millions de précieux dollars et des millions d'encore plus précieuses données personnelles.

La manière dont ces alertes seront envoyées n'est pas encore claire, mais il est probable qu'elles soient intégrées à l'appli Ring, qui propose des «alertes en temps réel» de la part de ses voisin·es, de la police et de l'appli elle-même. Elle permet par exemple de diffuser à ses voisin·es les images enregistrées par ses caméras Ring d'une personne que l'on estime suspecte.

L'application se décrit comme une nouvelle forme de «neighborhood watch», de surveillance de voisinage et propose de «rejoindre ses voisins dans la lutte contre la criminalité locale».

Mais exciter la paranoïa avec des articles alarmistes est un jeu très dangereux, surtout dans un pays qui compte plus d'armes à feu que de citoyen·nes, et dont la population pense déjà que le taux de criminalité est bien plus haut qu'il ne l'est réellement.

Il est impossible de ne pas penser aux dizaines d'histoires de personnes noires importunées, menacées, arrêtées et même assassinées par leurs voisin·es. Et les dizaines d'autres où des gens ont appelé la police car ils voyaient des Noir·es tondre la pelouse, faire un barbecue, s'arrêter à un Starbucks, faire leurs courses, jouer au golf ou prendre part à d'autres activités hautement menaçantes.

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