Détail de La Femme perdue, comme pourrait l'avoir peinte Picasso et comme l'a imaginée la machine. | Anthony Bourached et George Cann
Détail de La Femme perdue, comme pourrait l'avoir peinte Picasso et comme l'a imaginée la machine. | Anthony Bourached et George Cann

Un réseau neuronal artificiel recrée un Picasso perdu

Deux chercheurs britanniques ont redonné vie à un fameux fantôme. Leur technique pourrait éclairer l'histoire de l'art.

Les historien·nes de l'art ne connaissent pas Le Vieux Guitariste aveugle, peint par Picasso en 1903, comme l'une des œuvres les plus saillantes de sa période bleue.

Ils savent depuis des décennies que, derrière cet homme triste jouant de son instrument dans les rues de Barcelone, se cache une femme –il était courant pour le peintre espagnol, alors sans le sou, de réutiliser des toiles déjà peintes.

En 1998, des conservateurs de l'Art Institute of Chicago, où est pendue la toile, l'ont passée aux rayons X pour essayer d'en savoir plus sur cette forme fantomatique. Ils ont alors découvert, en filigrane, le portrait d'une femme, qu'ils ont pu faire correspondre à un croquis envoyé par le peintre à l'un des ses amis.

Re-création

Deux chercheurs de l'University College London, Anthony Bourached et George Cann, sont allés plus loin. Utilisant la technique dite du «neural style transfer» (NST), ils ont recréé le tableau, comme s'il avait été peint par Picasso lui-même.

Présenté en 2015 par des scientifiques de l'Université de Tubingen en Allemagne, le NST a depuis été popularisé par quelques applications très populaires, comme Prisma ou DeepArt.

Le «neural style transfer» reconnaît des formes au sein d'une image –peinture, photo et désormais films– et y applique le style d'un artiste, dont la machine a auparavant été nourrie.

Dans un article titré avec humour «Raiders of the Lost Art», référence transparente à Indiana Jones, Bourached et Cann expliquent avoir utilisé la forme féminine détectée par les rayons X sous Le Vieux Guitariste aveugle, puis l'avoir offerte au traitement d'un NST entraîné pour recréer les techniques que Picasso explorait à ce moment précis de sa vie et de sa carrière.

Le processus d'analyse puis de recréation, présenté par Anthony Bourached et Gorge Cann dans leur article.

Ainsi est de nouveau née La Femme perdue. Il est bien sûr impossible de clamer que le tableau présenté par les chercheurs, recréé par les algorithmes, est celui que Picasso a peint: il n'est qu'une estimation, la plus précise et fidèle possible, de ce que l'Espagnol pourrait avoir peint.

Cela n'en reste pas moins un tour de force technique, une mine d'informations formidable pour l'histoire de l'art et sans doute le premier joli coup d'une longue série –ces œuvres cachées sous les œuvres existent chez tou·tes les artistes, à toutes les époques.

«Le neural style transfer aide à approfondir notre compréhension du processus créatif d'un artiste», expliquent les deux scientifiques, qui parlent de «reconstruction d'œuvres perdues» quant à leur méthode et à ses objectifs.

Par mail, ils nous précisent également ne pas publier les versions haute définition des images recréées –pour d'éventuelles expositions dans des musées ou, disent-ils et plus curieusement, une vente aux enchères.

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