François Ruffin, l'un des porteurs de la proposition de loi. «Comme Poutine! Ils viennent nous traquer jusque dans les chiottes!», peut-on y lire. | Stéphane de Sakutin / AFP
François Ruffin, l'un des porteurs de la proposition de loi. «Comme Poutine! Ils viennent nous traquer jusque dans les chiottes!», peut-on y lire. | Stéphane de Sakutin / AFP

Une loi «pour le droit d'uriner en paix» déposée à l'Assemblée nationale

Les écrans publicitaires nous suivent jusque dans les urinoirs: c'est trop, estiment certain·es député·es.

En plein examen du projet de loi de finances pour 2020, l'Assemblée nationale a également été le théâtre mercredi 6 novembre du dépôt d'une proposition de loi pour le moins étonnante.

Intitulé «Pour le droit d'uriner en paix», le texte a entre autres été présenté par le député La France insoumise François Ruffin. Derrière ce titre résolument provocateur se cache une volonté d'en finir avec la publicité numérique à outrance, notamment au petit coin.

«C'est même une réflexion plus large sur l'intrusion permanente de la publicité, y compris dans des lieux intimes où l'on a envie d'être tranquille», souligne le député Les Républicains de la Manche Philippe Gosselin, qui a signé le texte «car il y a des sujets sur lesquels je peux me retrouver avec La France insoumise».

Comme le dit avec humour la proposition présentée par les parlementaires, «qui n'apprécie pas ce rare moment de tranquillité: pisser? Ces minutes de repos, quand dans la joie du besoin qui s'accomplit, en même temps que la vessie se libère, l'abdomen reprend son souffle, l'esprit respire, s'apaise?».

Digital Out of Home

Depuis quelques années, des entreprises se sont emparées de la question et ont développé des panneaux numériques publicitaires un peu partout, en particulier dans les toilettes.

C'est le cas de Next One, qui a annoncé installer 25.000 panneaux dans des WC un peu partout en France –«Impossible de nous échapper!», clame d'ailleurs son site internet.

Selon un article du site Wydden, l'un des principaux acteurs du secteur, LittleCorner, a de la même manière mis en place plus de 1.500 écrans dans les lieux d'aisance de vingt-cinq villes françaises depuis 2014. «Les toilettes m'apparaissent rapidement comme une nouvelle mine d'or publicitaire que personne n'a encore su développer», explique son fondateur, Efraim Clam.

Une vision qui ne plaît pas au député Philippe Gosselin: «Dans les toilettes des troquets, dans les stations-services, dans les rues, on voit cette intrusion de la publicité. Trop, c'est trop!» Ce phénomène a un nom, le «Digital Out of Home», et a un impact sur la pollution lumineuse et énergétique.

En tout cas, le député le reconnaît, la proposition a permis de créer le buzz sur une problématique qu'il estime être «une question de fond, au-delà du billet d'humour».

Dans une société de consommation où la publicité occupe la moindre parcelle d'espace disponible, les député·es signataires souhaitent réglementer l'invasion «en s'associant avec les professionnels pour créer des règles plus précises».

Il n'est toutefois pas certain que le texte soit inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée –ce qui n'empêche pas Philippe Gosselin de marteler: «Je le dis avec des guillemets, mais: “Laissez-nous pisser en paix!”»

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