L'un des miradors d'un camp chinois, dans le Xinjiang. | Greg Baker / AFP
L'un des miradors d'un camp chinois, dans le Xinjiang. | Greg Baker / AFP

En effaçant les camps de Ouïghours sur Baidu Maps, la Chine les a rendus visibles

Un bon exemple d'effet Streisand.

Privées d'accès au Xinjiang, des journalistes du site BuzzFeed se tournent en 2018 vers l'imagerie satellite du site chinois Baidu Maps pour localiser les 1.200 camps de concentration où sont détenu·es des Ouïghour·es, dans le cadre d'un génocide qui a commencé en 2014.

Avec les progrès de la technologie, cette technique est de plus en plus employée dans le journalisme et la recherche. Elle permet par exemple de constater la construction de nouveaux bâtiments, la destruction de certaines zones (Google Earth dispose d'une fonction «remonter dans le temps»)... ou de localiser des structures concentrationnaires.

En observant l'emplacement présumé d'un camp sur Baidu Maps, les journalistes constatent ce qu'elles prennent d'abord pour un bug technique. «À un certain moment, des carreaux gris clair apparaissaient sur l'emplacement du camp. Ils disparaissaient au fur et à mesure que vous zoomiez», raconte BuzzFeed.

Il ne s'agit pas d'un problème de résolution. «En général, lorsqu'une plateforme cartographique ne peut pas afficher un carreau, elle affiche un carreau vierge standard, qui est filigrané. Ces carreaux vierges sont également d'une couleur plus foncée que les carreaux que nous avions remarqués au-dessus des camps», poursuit le site.

Arroseur arrosé

Les journalistes vérifient alors si le même phénomène se produit aux emplacements de six autres camps de concentration: la réponse est positive pour cinq d'entre eux. Elles découvrent néanmoins que les camps situés en centre-ville ne sont pas censurés sur Baidu Maps.

Elles partent ensuite à la recherche des cinq millions de carreaux gris clair affichés par Baidu Maps sur l'ensemble du territoire du Xinjiang. Les emplacements de ceux-ci sont comparés avec ceux affichés par Google Earth, Sentinel Hub et Planet Labs.

Après avoir éliminé d'autres infrastructures censurées (bâtiments militaires, centrales électriques), il reste 50.000 emplacements. Des recherches additionnelles –et un travail titanesque– permettent de déterminer ceux qui correspondent à des camps de concentration, grâce à leur situation géographique et leur aspect, et à localiser la plupart des camps du Xinjiang.

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