Des militaires installent un drapeau taïwannais dans le stade de Matsu. | Kenny Lin / AFP
Des militaires installent un drapeau taïwannais dans le stade de Matsu. | Kenny Lin / AFP

Comment la Chine grignote progressivement Taïwan

La «drague» se montre pernicieuse et inquiète les habitants.

Dans l'obscurité, des dizaines d'énormes navires s'activent sur les côtes des îles Matsu, un archipel situé à seulement vingt-cinq minutes en bateau de la côte chinoise, mais rattaché à Taïwan.

Ils viennent pomper en toute illégalité des tonnes de sable dans les fonds océaniques afin d'alimenter les énorme besoins chinois pour la construction et les infrastructures, relate Nikkei Asia.

La pratique n'est pas nouvelle: une partie de la ville chinoise de Xiamen, en face de l'île Kinmen de Taiwan, a été construite grâce à du sable récupéré entre les deux territoires. Mais les incursions au large des îles Matsu se sont intensifiées ces dernières années. En 2019, les garde-côtes ont expulsé 605 dragues chinoises à l'intérieur de leur zone réglementée. L'année suivante, les bateaux étaient six fois plus nombreux.

Une fois expulsés, les navires dragueurs reviennent inlassablement et attendent juste à l'extérieur des eaux territoriales pour pouvoir recommencer leurs opérations de pompage une fois la nuit venue.

En plus de provoquer une pollution sonore, ce dragage incessant de sable endommage les plages et nuit à la vie marine. Il perturbe aussi le trafic des ferries entre Nangan et Juguang, deux autres îles qui font partie de l'archipel Matsu. Les navires ont également endommagé des câbles sous-marins à plusieurs reprises, ralentissant le trafic internet et la diffusion de la télévision, peut-on encore lire dans les colonnes de Nikkei Asia.

Peur sur le sable

Le journal révèle que cette pratique est d'abord destinée à répandre la peur chez les habitants, qui craignent que le sable ne serve que de prétexte aux navires chinois pour venir coloniser le territoire.

«Ils ressemblent à des bateaux civils, mais peut-être qu'il y a l'Armée populaire à bord?», s'inquiète un propriétaire de maisons d'hôtes sur l'île principale, Nangan. Selon Lii Wen, chef de la section locale du Parti démocratique progressiste (DPP) au pouvoir à Taïwan, le dragage du sable constitue ni plus ni moins qu'une «pratique de harcèlement et d'intimidation».

«La Chine devient de plus en plus créative dans sa façon d'exercer une pression sur Taïwan», ajoute cet ancien journaliste. La tactique est bigrement pernicieuse: «Si Taïwan ne répond pas, nous permettons implicitement la destruction de notre environnement et de nos infrastructures. Mais si Taïwan répond militairement, cela fournit une excuse à la Chine pour exacerber les tensions et répliquer.»

Tout le monde n'est pourtant pas aussi alarmiste. «Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une stratégie délibérée de la part des autorités chinoises, mais plutôt d'un comportement commercial privé de recherche du profit», tempère Wang Ting-yu, un législateur taïwanais et membre de la commission des affaires étrangères et de la défense nationale du Parlement. «Si la Chine voulait vraiment s'emparer de Matsu, ça lui serait très facile avec des bateaux militaires.»

En attendant, les garde-côtes taïwanais se sont dotés de renforts, avec des navires de 1.000 à 2.000 tonnes équipés de canons à eau. Les peines ont été durcies et Taïwan a également signé un protocole d'accord avec les États-Unis pour renforcer la coopération entre les deux pays.

«Nous voulons montrer la détermination du gouvernement à faire appliquer la loi par de lourdes sanctions», a assuré le Conseil des affaires continentales. Mais c'est un peu David contre Goliath, reconnaît Lii Wen.

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