Une pancarte lors d'une manifestation contre les licenciements à Kingston upon Hull, Royaume-Uni, le 18 mars 2022. | Lindsey Parnaby / AFP

Une pancarte lors d'une manifestation contre les licenciements à Kingston upon Hull, Royaume-Uni, le 18 mars 2022. | Lindsey Parnaby / AFP

Comment les ferries britanniques P&O paient légalement leurs marins 2,86 euros de l'heure

Des travailleurs indiens remplacent 800 marins licenciés du jour au lendemain.

La nouvelle a laissée groggy le monde maritime anglais. Le 17 mars dernier, la société P&O, qui gère des ferries reliant le Royaume-Uni à l'Europe, dont la liaison quotidienne Douvres-Calais, a annoncé qu'elle licenciait, avec effet immédiat, 800 marins britanniques.

La nouvelle a d'autant plus de mal à passer outre-Manche que P&O a reçu 10 millions de livres sterling (12 millions d'euros) d'aide gouvernementale dans le cadre du plan d'aide aux entreprises mises à mal par la pandémie.

Pour ne rien arranger, P&O a annoncé dans le même temps que ces marins seraient remplacés par des intérimaires et des travailleurs colombiens payés bien moins cher. Le 20 mars, RMT, un syndicat du transport maritime et ferroviaire, a indiqué qu'un voyage Liverpool-Dublin avait été effectué avec des marins philippins payés 3,47 livres sterling par heure, soit 4,17 euros.

Le lendemain, le syndicat a affirmé que P&O employait à Douvres des Indiens, payés 2,38 livres (2,86 euros) de l'heure. Si l'entreprise dément ce chiffre, elle a refusé d'en fournir un autre. Le secrétaire général de RMT a dénoncé des «salaires de pauvreté» et une «exploitation choquante».

Combine légale

Le salaire minimum britannique est de 8,91 livres sterling (10,71 euros) par heure pour les employés de plus de 23 ans. Pourtant, la politique salariale de P&O est parfaitement légale.

L'entreprise est bien enregistrée à Douvres, en Angleterre, mais son propriétaire est la société Dubai World, basée aux Émirats arabes unis. En outre, les ferries de P&O ne battent ni pavillon anglais ni émirati mais chypriote, un pays connu pour délivrer des «pavillons de complaisance» synonymes de règlementations minimales et d'impôts réduits.

Grâce à cela, P&O peut jouer sur une faille dans la loi anglaise, qui prévoit un statut spécifique pour les marins. Afin d'avoir droit au salaire minimum, il est nécessaire de travailler sur un bateau à pavillon britannique et à l'intérieur des eaux territoriales.

Dans un bateau étranger qui croise à l'extérieur des eaux anglaises, il faut pour prétendre au salaire minimum «travailler ordinairement au Royaume-Uni». Sur son site internet, le gouvernement explique que les critères pour remplir cette condition sont entre autres les endroits «où la prise de poste démarre et se termine», «où le marin paye ses impôts» et «où le marin est payé».

Des marins venus spécialement de l'étranger et n'ayant pas l'ambition de s'installer dans le pays peuvent donc difficilement y accéder. D'autant que la pandémie, qui a sévi avec une grande violence en Inde, a laissé les marins du pays exsangues et prêts à accepter à peu près n'importe quelle proposition d'embauche.

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