Nul doute que ce crâne de Borneo décoré selon l'idée que les colons se faisaient du folklore de ces tribus trouverait preneur sur Instagram. | Adek Berry / AFP
Nul doute que ce crâne de Borneo décoré selon l'idée que les colons se faisaient du folklore de ces tribus trouverait preneur sur Instagram. | Adek Berry / AFP

Le florissant commerce de restes humains sur Instagram

Cantonné à eBay jusqu'à son interdiction, l'achat-vente de squelettes décorés se réfugie dans le flou juridique du réseau social.

Si l'idée (qui peut sembler excentrique) de vous offrir un ou plusieurs os humains retapés et décorés vous avait un jour traversé l'esprit, ce n'est peut-être pas à Instagram que vous auriez pensé pour commencr vos recherches. Pourtant, à en croire un article publié le 18 juillet par Wired, c'est sur la plateforme du food porn et des profils chargés de vous influencer que vous aurez le plus de chances de trouver la perle rare.

Commerce discret

Comme c'est le cas dans d'autres marchés informels, les personnes qui proposent leurs plus belles pièces à la vente dans cette communauté underground certes restreinte mais suffisamment dense n'affichent pas les prix. Les transactions et les paiements s'effectuent par message privés. La majorité de ces restes proviendraient d'Inde où ils auraient été accumulés par les universités de l'Empire colonial britannique.

Les os sont bien réels, mais leurs peintures et leurs modifications ne font que leur ajouter une apparence pseudo «tribale». La pratique, réminiscence de l'ère coloniale, est très contestable d'un point de vue anthropologique –ce qui n'empêche pas la clientèle d'en redemander.

En 2013, selon un rapport des archéologues Damien Huffer et Shawn Graham, il s'est vendu pour 5.200 dollars (près de 4.636 euros) d'ossements humains; trois ans plus tard, le marché générait 57.000 dollars.

Illégal (à peu près) partout

Cette croissance spectaculaire ne doit rien au hasard mais tout aux mutations de l'économie numérique. Jusqu'à 2016, eBay représentait la plateforme de choix pour l'échange de restes humains.

Il fallait alors compter entre 500 et 5.000 euros pour un crâne. En 2016, la plateforme a sévi, «la vente d'êtres et de restes humains étant interdite par la loi», écrivait-elle. Depuis, les os et autre curiosités anatomiques n'y ont plus leur place, à l'exception des perruques en cheveux humains.

Au sein de l'Union europénne (UE), le Conseil de l'Europe a sacralisé le principe d'inviolabilité du corps en 1997 dans le cadre des lois bioéthiques. En France, l'article 16 du Code civil déclare que «le corps humain est inviolable» et que «ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial».

Mais les législations britanniques et américaines semblent étonnamment laxistes, y compris aux douanes. Vendre et acheter des os humains sur internet n'est donc pas «explicitement illégal», conclut Wired.

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