Noël aurait peut-être tout à gagner à retrouver un peu de sobriété. | freestocks.org via Unsplash
Noël aurait peut-être tout à gagner à retrouver un peu de sobriété. | freestocks.org via Unsplash

Comment réinventer le cadeau de Noël

Consommer moins mais mieux, se soucier de l'environnement, réapprendre à faire plaisir: nos conseils avant les fêtes.

Selon une étude parue en novembre, les Français·es consacreront 355€ à l'achat de cadeaux sur un budget total de 549€ pour les fêtes de Noël. Entre le choix du cadeau, l'injonction d'acheter et l'envie de moins consommer, offrir n'est pas toujours une partie de plaisir. Comment le retrouver et acheter utile?

Renouer avec la sobriété de Noël

Cette année, les Français·es prévoient de déposer 7 cadeaux sous le sapin contre 8,5 en 2018 selon une récente étude du CSA. Une consommation en baisse, mais qui ne va pas forcément avec l'esprit de Noël. «Historiquement, Noël, c'était l'occasion de célébrer le mystère de l'incarnation et le don de dieu à l'être humain de son fils Jésus», rappelle l'historienne et ethnologue Laurence Catinot-Crost, autrice de l'ouvrage Noël en France – Histoire et traditions. «C'est d'abord une période où l'on doit se montrer généreux avec les siens et les enfants. Mais comme l'amour est difficilement concret pour des enfants, on va le matérialiser par des cadeaux», poursuit-elle.

Ce n'est qu'aux XIXe et XXe siècles que les cadeaux se sont mutipliés sous le sapin. «Mais pour les familles les plus pauvres, Noël, c'était d'abord un repas amélioré, une messe de minuit et des cadeaux modestes comme des friandises, des pains d'épices, des oranges», précise Laurence Catinot-Crost.

Dans ces familles, certains pères fabriquaient des objets en bois et certaines mères tricotaient des vêtements pour leurs enfants pendant la période de l'Avent, raconte-t-elle. Seul la bourgeoisie avait les moyens d'acheter des cadeaux pour faire plaisir. «C'est cette classe sociale qui a contribué à transformer le rituel religieux de Noël en un rituel familial orienté vers le plaisir», décrypte-t-elle.

Au XXIe siècle, le cadeau de Noël n'a plus grand-chose à voir avec la religion et on peut désormais se procurer des jouets et des objets beaucoup plus facilement. «Mais rien ne nous empêche de fêter Noël sans crouler sous les cadeaux», estime Elodie Legale, coach chez Serenity Therapy. «Une certaine sobriété dans notre consommation permet aussi de se reconnecter à l'esprit de Noël.»

Acheter reconditionné

Avant de devenir apprentie minimaliste, Elodie Legale faisait un tableau Excel à Noël avec une colonne des membres de sa famille, une autre avec la liste des cadeaux à offrir et une dernière avec une deadline à ne pas dépasser. «J'avais l'impression de subir et de devoir être obligée de faire des cadeaux à tout le monde. Alors j'ai revu mes priorités», se souvient-elle. Désormais, elle sélectionne les personnes auxquelles elle veut offrir et se fournit uniquement sur le marché de la seconde main.

À l'approche des fêtes de Noël, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise écologique (Ademe) propose vingt-cinq conseils pour passer un Noël solidaire et écolo, dont l'achat de jouets recyclés. «Il y a tellement de jouets et d'objets en bon état et en circulation, ça serait dommage de s'en priver. Par exemple, j'ai offert un manga recyclé à un membre de ma famille et je ne suis pas sûre qu'il ait vu la différence», plaisante la coach.

Selon l'Ademe, «certains jouets comme un vélo, des petites briques de construction, des figurines, des jeux de société sont parfois même revendus dans leur emballage d'origine». Et pour se procurer des jouets en bon état, il y a les recycleries, Emmaüs, les sites de revente mais aussi des associations comme Rejoué le jouet solidaire, qui récupère et recycle les jouets afin de leur donner une seconde vie.

On trouve aussi de plus en plus d'offres de téléphones et d'ordinateurs reconditionnés ou de vêtements recyclés en bon état. «L'année dernière, j'ai offert une paire de bottes d'occasion en très bon état à ma sœur», confie Elodie Legale. «Mais je lui ai quand même demandé avant si ça ne la gênait pas», admet-elle.

L'important pour faire un cadeau, recyclé ou non, c'est qu'il soit utile à sa ou son destinataire. «Je préfère échanger avec la personne sur ses envies et répondre à ses besoins plutôt que de faire un cadeau au hasard, même si parfois ça enlève l'effet de surprise», témoigne fla coach.

Dans une étude Kantar TNS, 22% des Français·es ont déclaré avoir revendu ou donné leurs cadeaux reçus à Noël 2017 et plus d'un tiers ont avoué les avoir conservés dans un placard sans y toucher.

Choisir un cadeau immatériel

Sauter le pas et acheter un présent immatériel n'est pas toujours évident. «Quand j'opte pour un cadeau immatériel, je mets toujours un petit bon avec une image dans une enveloppe, ça permet d'avoir un objet symbolique à mettre sous le sapin», explique Elodie Legale.

Pour ce genre de cadeau, il y a presque autant de choix que pour les cadeaux matériels. «Ça peut être une expérience insolite ou un week-end», suggère la coach.

Attention tout de même, pour rester cohérent·e, à privilégier les expériences qui s'engagent à respecter l'environnement si vous choisissez par exemple un week-end –pour y voir plus clair, l'Ademe a passé à la loupe près de 100 labels environnementaux.

Le cadeau serviciel est également une option. «J'aime bien contribuer à financer la formation de quelqu'un. Ça rend service et c'est utile pour la personne. Je peux aussi donner de l'argent à une association au nom d'une personne», détaille la coach.

«Mais les cadeaux immatériels, ça ne fonctionne pas avec les enfants, surtout s'ils sont jeunes», reconnaît-elle. Et bien qu'ils soient utiles et personnels, il manque parfois le plaisir simple de déchirer un bon gros papier cadeau pour vraiment se croire à Noël.

Réinventer l'emballage avec le furoshiki

Pour être à la fois écolo et économe, on peut emballer ses cadeaux grâce à un «furoshiki», le foulard japonais. «L'avantage quand on offre un cadeau emballé dans un furoshiki, c'est qu'on offre en réalité trois cadeaux en un: l'objet, un foulard et une technique», expose Aurélie Le Marec, spécialiste de la technique et autrice du livre L'art d'emballer avec du tissu.

Le furoshiki vient tout droit du Japon et pourrait être traduit par «baluchon pour le bain». À l'époque d'Edo (XVIIe-XIXe siècles), les Japonais·es glissaient leurs produits de toilette dans un baluchon de tissu pour ne pas mélanger leurs affaires. De nos jours, il sert toujours à transporter des objets mais aussi à emballer les cadeaux grâce à un carré de tissu plié ou noué.

L'avantage avec le Furoshiki est que le contenant s'adapte au contenu. «C'est juste des nœuds marins simples et du bon sens», précise Aurélie Le Marec. Il n'y a donc aucun problème avec des bouteilles, des ballons ou de gros objets. «On peut même emballer des guitares ou des batteries à condition d'avoir la force de les porter ensuite», s'amuse la spécialiste.

«Mieux vaut un tissu plutôt carré et pas trop épais. Pour les matières, on peut utiliser du satin, du coton et même des synthétiques. Il faut juste faire attention avec les objets qui ont des angles très pointus qui peuvent faire des petits trous dans les foulards.»

Pour le foulard, on peut en trouver en friperie, au fond d'un tiroir, ou dans celui d'une grand-mère. «C'est un investissement peu onéreux et ensuite, si on n'est pas les seuls à utiliser cette technique et que notre entourage s'y met, on pourra en récupérer», estime Aurélie le Marec.

Plus qu'un foulard, le furoshiki permet aussi de nouer le dialogue. «Les enfants sont en général très réceptifs et désireux d'en apprendre plus sur les nœuds quand ils reçoivent un cadeau emballé avec un furoshiki, affirme la spécialiste. Les adultes n'ont pas forcément le déclic, mais c'est l'occasion de susciter le dialogue. Et puis il y a surtout un côté émotionnel avec le furoshiki. Le tissu voyage, il a une histoire à raconter, on le transmet de main en main et il devient un bagage émotionnel, contrairement à un papier cadeau qui finira à la poubelle.»

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