Une fiole du vaccin Moderna, qui utilise les ARN messagers, le 9 avril 2021 à LLanelli, Royaume-Uni. | Geoff Caddick / AFP

Une fiole du vaccin Moderna, qui utilise les ARN messagers, le 9 avril 2021 à LLanelli, Royaume-Uni. | Geoff Caddick / AFP

Avant le succès des ARN messagers, la longue traversée du désert de Katalin Karikó

Le système académique américain n'a cessé de mettre des bâtons dans les roues de la chercheuse.

Katalin Karikó est née dans la petite vile hongroise de Kisújszállás, à quelques kilomètres de Budapest. En 1985, le centre de recherches biologiques de l'université où elle travaillait se retrouve à court de budget. La scientifique émigre alors aux États-Unis avec son mari et leur enfant, la somme de 1.000 dollars [841,5 euros] cachée dans l'ours en peluche de la petite fille.

La famille s'installe à Philadelphie et la docteure Karikó prend un poste de chercheuse post-doctorale à la Temple University. Elle se passionne pour le champ alors plutôt récent des ARN messagers, décrites par l'INSERM comme des «des molécules chargées de transmettre l'information codée dans notre précieux génome, pour permettre la synthèse des protéines nécessaires au fonctionnement de nos cellules».

L'utilisation des ARN messagers, qui des décennies plus tard permettra de produire plusieurs vaccins contre le Covid-19, n'était à l'époque pas vraiment prise au sérieux. Malgré des avancées significatives aux cotés du Dr Barnathan, un cardiologue, Karikó ne parvient pas à obtenir de bourse de recherche.

Lors du départ de Barnathan, raconte le New York Times, Karikó perd son poste et doit trouver un nouveau laboratoire. Un autre médecin haut placé, le Dr Langer, directeur du département de neurochirurgie, accepte de l'employer. Après quelques années et de nouveaux progrès, Langer quitte l'hôpital à son tour, et Karikó est un nouvelle fois dénuée de moyens pour poursuivre ses recherches.

Une saine obsession

Malgré ces déconvenues, la chercheuse ne change pas de cap et continue d'étudier les ARN messagers. «Elle était, dans le sens positif du terme, obsédée par le concept», explique au New York Times le Dr Anthony Fauci, directeur de la Task Force anti-Covid de Donald Trump et conseiller médical en chef de Joe Biden.

En 2005, le Dr Weissman demande à cette scientifique acharnée de le rejoindre afin de mettre au point un vaccin contre le VIH. À eux deux ils parviennent à des résultats encourageants, mais ni les grands journaux scientifiques qui font autorité ni les entreprises pharmaceutiques ne daignent s'y intéresser.

Ce n'est qu'après avoir esssuyé des années de déconvenues que deux entreprises remarquent le potentiel des ARN messagers pour la production de vaccins: l'américaine Moderna et l'allemande BioNTech.

Des tests contre le cytomégalovirus et le Zika étaient en cours lorsque le coronavirus a fait irruption et s'est propagé dans le monde entier. Ce virus pénètre dans les cellules humaines via la protéine Spike.

Moderna et BioNTech, –dont Karicó est désormais vice-présidente–, estiment qu'un ARN messager pourrait bien être la brique essentielle du vaccin efficace que le monde espère avec anxiété, car il peut forcer le corps à se défendre grâce à son système immunitaire en produisant ce type de protéine.

La suite est connue. L'espoir a pu renaître en même temps que la création de ce type de vaccin. Et c'est loin d'être la dernière lueur que l'humanité devra aux travaux inlassables de l'Américaine.

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