Du mieux, à la chaîne. | Kenzo Tribouillard / AFP
Du mieux, à la chaîne. | Kenzo Tribouillard / AFP

CureVac, le vaccin raté qui pourrait sauver le monde de la pénurie

Avec de la volonté, on pourrait transformer son échec en opportunité.

La course au vaccin contre le Covid-19 a fait quelques victimes. À l'inverse de ceux, efficaces, de Pfizer/BioNTech, Moderna ou AstraZeneca, celui de la firme allemande CureVac fait partie, comme le sérum initial du Français Sanofi, des perdants.

Dans un monde où les tensions sur l'approvisionnement sont grandes, ce vaccin lui aussi basé sur la technique de l'ARN messager qui fait des miracles pour Pfizer ou Moderna fut un grand espoir, mais qui s'est finalement révélé décevant, avec une efficacité estimée à 47% «seulement», selon une analyse intermédiaire.

Or, comme ses concurrents et pour répondre à l'urgence de la situation épidémique, CureVac n'a pas attendu les conclusions finales de ces études pour mettre en place une vaste chaîne logistique et de production, qui lui auraient permis de de fabriquer des centaines de millions de doses de son vaccin, si celui-ci avait atteint ses objectifs d'efficacité.

Comme l'ont fait les États-Unis avec l'opération Warp Speed, certains gouvernements et, surtout, l'Union européenne, l'ont d'ailleurs poussé à cette préparation. Cette dernière a notamment passé au laboratoire une commande initiale de 225 millions de doses et a facilité son accès au crédit pour lui permettre de parachever sa préparation. Quant à l'Allemagne, elle a directement investi 300 millions d'euros dans la firme.

CureVac avait donc tout pour être un acteur de poids pour fournir le monde en vaccin. L'entreprise avait tout préparé –sites de production, matières premières, partenariats– pour faire sortir de ses chaînes 300 millions de doses d'ici fin 2021, puis un milliard supplémentaire l'année suivante.

Phœnix, sous un autre nom

Si le sérum de la firme n'est pas encore au point, sa capacité de production, elle, semble l'être. Et ce, pour un vaccin dont la technologie de l'ARN messager peut se révéler complexe à mettre en branle, argument tenu par celles et ceux qui s'opposent à la levée sur les brevets des très performantes solutions de Pfizer/BioNTech ou Moderna.

Or, si le vaccin ne constitue aucunement l'unique panacée pour contrôler la propagation de l'épidémie, le monde a cruellement besoin de ces doses, et plus encore de celles qui ont prouvé leur efficacité. Les pays occidentaux, jusqu'ici, se sont accaparés les stocks disponibles, leur protectionnisme et la pénurie globale ne laissant que quelques miettes qui s'avèrent insuffisantes pour penser une stratégie globale de lutte contre la pandémie.

Bien qu'éthiquement contestable et scientifiquement discutée, l'hypothèse de la nécessité d'une troisième dose de sérum, voire de «boosters» réguliers, devrait se confirmer dans un futur proche.

Il semble de surcroît de plus en plus établi qu'une vaccination massive, contrairement à ce qu'expliquent certains de ses contempteurs, permet de limiter l'apparition de nouveaux variants, donc le surgissement potentiel de virus plus problématiques encore à endiguer que la souche Delta.

Bref, si les progrès sont notables, et s'il ne faut pas tout à fait exclure le rôle des vaccins chinois, indiens ou russes, notamment, les besoins mondiaux restent largement supérieurs à une offre encore balbutiante, et risquent au surplus de se démultiplier dans les prochaines années.

C'est la raison pour laquelle certaines voix, comme celle de Chad P. Bown du Peterson Institute for International Economics, se font entendre pour que les gouvernements s'emparent de la question et ne laissent pas ce précieux outil de production s'engluer indéfiniment dans une mortelle et coupable inaction.

Le gouvernement allemand reste vent debout contre la levée des brevets sur les vaccins. Partenaire de Pfizer, BioNTech pourrait engranger un profit de 15,9 milliards d'euros cette année grâce au vaccin de son invention. C'est colossal, et cela pourrait représenter jusqu'à 0,5% de la croissance du PIB du pays, une manne à laquelle Berlin pourrait rechigner à tourner le dos.

Dans le même temps, sa mise de 300 millions d'euros dans CureVac ne s'est pas faite sans contrepartie: le pays a pris une participation de 23% dans le capital de la start-up. Si la question ne concerne pas que l'Allemagne, cette dernière pourrait avoir tout intérêt à ne pas laisser ces investissements s'assoupir.

Berlin pourrait par exemple pousser pour un rapprochement avec BioNTech et permettre à CureVac, avec un système de licence ou de partenariat comme celui, plus modeste, signé entre Sanofi et Moderna, de mettre sa capacité de production au service du bien commun.

À plus long terme, de même qu'une éventuelle levée des brevets, il en va de l'intérêt de tous, tant scientifique, moral qu'économique: ne pas réussir à lutter mondialement et efficacement contre le virus est la garantie de longues années noires.

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