Désormais privée de territoire physique, l'organisation État islamique s'est repliée sur le numérique. | Giuseppe Cacace / AFP
Désormais privée de territoire physique, l'organisation État islamique s'est repliée sur le numérique. | Giuseppe Cacace / AFP

Après la purge de Telegram, Daech investit une messagerie blockchain

BCM pourrait être l'application rêvée pour les propagandistes du «cyber-califat».

Telegram a longtemps été la messagerie préférée de l'organisation État islamique. Elle n'offrait pourtant qu'une sécurité relative, puisqu'elle n'utilise pas de protocole sécurisé de chiffrement et est infiltrée par les services de renseignement, sans parler des universitaires et des journalistes.

Fin novembre 2019, l'agence européenne de police criminelle Europol a lancé une opération d'envergure contre la propagande djihadiste sur l'application. Des centaines de chaînes et de groupes pro-Daech ont été suspendus, ainsi que des dizaines de milliers de comptes –y compris, malheureusement, des faux-nez du renseignement français. Depuis, le groupe terroriste expérimente avec différentes messageries.

En réaction à la purge de Telegram, les soutiens de Daech et leur «cyber-califat» se sont rabattus sur des services moins connus, comme Rocket Chat et Hoop Messenger. Mais c'est sur l'application russe TamTam que leur activité de propagande a été la plus intense.

La plateforme semble avoir pris le problème au sérieux et fait à son tour le ménage. Les cyber-djihadistes ont donc migré vers une terre plus accueillante: BCM (pour «Because Communication Matters»).

Taillée sur mesure

BCM se présente comme l'équivalent blockchain de la messagerie WeChat. Anonyme et chiffrée, elle intégre un portefeuille virtuel permettant d'échanger les cryptomonnaies Bitcoin et Ethereum.

Selon la chercheuse Brenna Smith, qui dirige la newsletter Cryptosint, BCM pose deux problèmes principaux. Elle pourrait en premier lieu devenir un outil de financement du terrorisme grâce à sa fonction «portefeuille». L'anonymat, le chiffrement et la possibilité de créer des groupes de discussion –chiffrés eux aussi– comptant jusqu'à 100.000 participant·es en font également un outil idéal pour diffuser de la propagande djihadiste à l'abri des regards.

En débarrassant Telegram d'une bonne partie de ses contenus pro-Daech, les autorités ont favorisé la migration de ses partisan·es vers une messagerie qui semble taillée sur mesure pour répondre ses besoins et pourrait être beaucoup plus difficile à surveiller.

D'après le chercheur Amarnath Amarasingam, le nettoyage de Telegram a certes découragé certain·es djihadistes, mais elle en a renforcé d'autres dans leurs convictions et leur a donné envie d'en découdre davantage. Le site spécialisé Next INpact compare déjà l'action d'Europol à celle d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

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