À elle seule, cette baleine est une machine écologique estimée à 2 millions de dollars. | Cameron Venti via Unsplash
À elle seule, cette baleine est une machine écologique estimée à 2 millions de dollars. | Cameron Venti via Unsplash

La valeur des baleines? 1.000 milliards de dollars

Au croisement de l'écologie et de l'économie, le «capital naturel» peut se chiffrer.

Combien vaut une baleine? De prime abord, la question peut paraître étrange –d'autant plus étrange qu'il n'est pas ici question de la valeur de sa viande ou de sa graisse, mais du calcul de son «capital naturel».

Les cétacés ne sont pas que les géants immenses et graciles des mers: ils sont également une partie importante de notre écosystème planétaire. Au cours de sa vie, chaque baleine capture des tonnes de C02, qui disparaissent avec elle au fond de l'océan lorsqu'elle meurt. Ses excréments sont en outre un festin pour le phytoplancton, lui aussi acteur majeur de la «pompe à carbone» que sont les océans.

Les baleines effectuent ainsi un travail écologique primordial, dont il est possible de calculer la valeur. C'est ce qu'a fait une équipe de recherche du Fonds monétaire international: dans un article publié en décembre, les scientifiques estiment la valeur monétaire de cette tâche collective à 1.000 milliards de dollars, soit 2 millions de dollars [1,8 million d'euros] par cétacé.

Calculer l'incalculable

Comme l'explique Quartz, ce type d'étude fait partie du champ de l'économie du capital naturel, un terme inventé par l'Allemand Ernst Friedrich Schumacher en 1973.

En 2014, l'économiste australien Robert Costanza et ses collègues ont chiffré la valeur totale de l'écosystème mondial: à partir de données de 2007, elle était évaluée à 145.000 milliards de dollars par an.

Récifs coralliens, mangroves, forêts tempérées ou tropicales, marécages, rivières et lacs contribuent tous à la bonne marche de l'écosystème de la planète et peuvent se voir attribuer une valeur. Selon un rapport de l'ONU de 2017, cinquante nations à travers le monde utilisent ces chiffres dans leur processus de décision politique.

Quartz rapporte également que cette apposition de données économiques sur des problématiques écologiques sont à la source de nombreuses initiatives de conservation, notamment de l'eauou de la bière.

Les récifs coralliens étant d'une importance capitale pour certaines entreprises du tourisme côtier –ils sont un facteur d'attractivité et protègent les infrastructures des colères de l'océan–, le gouvernement mexicain et plusieurs sociétés ont mis en place une assurance spécifique basée sur cette économie du capital naturel.

Ce champ de recherche attire quelques critiques logiques. Certain·es écologistes et scientifiques craignent que cette valeur pécuniaire donnée à la nature ne fasse oublier sa valeur intrinsèque, à l'évidence incalculable.

Les petits calculs de l'économie du capital naturel peuvent aussi se retourner contre l'environnement lorsque, par exemple, un projet de conservation coûte plus cher que la valeur allouée à la faune ou la flore à protéger.

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