Le goût du futur: âcre et effrayant. | New Belgium
Le goût du futur: âcre et effrayant. | New Belgium

Un brasseur lance la bière du futur, et elle est volontairement dégueulasse

Un avant-goût de désastre environnemental.

«Si c'est la bière du futur, j'en boirai beaucoup moins.» Sévère, la sentence n'émane pas du consommateur lambda d'un panel de test de l'édition «Torched Earth» («Terre brûlée») de la Fat Tire, bière un peu spéciale concoctée par le brasseur américain New Belgium.

Non. Le jugement provient de Cody Reif, qui a conçu cette vraie-fausse bière du futur, comme brassée dans un monde ravagé par le changement climatique, où les ingrédients manquent, où l'eau n'est plus aussi pure, où les petits arrangements avec les recettes millénaires sont devenus des impératifs.

«Ce projet a commencé avec une question de brassage intéressante, qui a rendu le problème plus réel: à quoi ressemblera la Fat Tire dans cinquante ans, si le changement climatique se poursuit sans être freiné?, explique Reif à Forbes. C'est déjà dans un coin de notre tête, mais nous asseoir et y penser en détail a été à la fois intriguant et difficile à avaler.»

Terre brûlée au vent, etc.

Températures en hausse et sécheresses désastreuses, explique Reif, feront notamment du houblon ou du malt des ingrédients plus rares. Ainsi est décrite l'infernale formule de la Torched Earth, en vente pour 39,99 dollars (33 euros) sur le site du brasseur: «En lieu et place de houblon frais –nous utilisons des extraits de houblon et des pissenlits. Au lieu d'un malt simple –nous incorporons divers extraits de malt. Au lieu d'eau purifiée –une eau au goût marqué par la fumée.»

Cela semble, sur le papier, repoussant? Selon les personnes ayant pu tremper leurs lèvres dans ce breuvage de science-fiction, c'est pire en réalité. La Torched Earth est tout simplement dégueulasse –et c'est tout le principe de sa création.

Car elle n'est, vous l'aurez deviné, que la matérialisation d'une campagne pour l'environnement, «Drink Sustainably» («Buvez durablement»), initiée par New Belgium et à laquelle est dédiée un site monté pour l'occasion.

L'objectif? Mettre la pression (c'est le cas de le dire) sur les grandes multinationales pour que, comme New Belgium l'a fait, elles se lancent dans d'ambitieux plans de transformation.

Comme l'explique Forbes, ce n'est pas le premier coup du genre pour l'entreprise. Devant déjà concrètement s'accommoder des effets du changement climatique, elle s'était l'an dernier payé une pleine page de publicité dans le New York Times.

«Un pack de 6 pour 100 dollars? Il va falloir vous y habituer», expliquait-elle, tout en augmentant de manière symbolique et pour 24 heures le prix de sa bière vedette, première à être certifiée neutre en carbone aux États-Unis. L'argument a, bien sûr, touché beaucoup de monde.

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