La star de la chaîne YouTube Life with Mak mange un téléphone en sucre. | Capture d'écran via YouTube
La star de la chaîne YouTube Life with Mak mange un téléphone en sucre. | Capture d'écran via YouTube

Les enfants de l'ASMR, entre malaise et exploitation

De très jeunes mineures et mineurs postent des vidéos de relaxation qui flirtent avec le contenu à caractère sexuel.

Pour les personnes qui n’en ressentent pas les effets, regarder une vidéo Autonomous Sensory Meridian Response (ASMR) constitue une expérience étonnante. Bruits de bouches, chuchotements, ongle qui viennent gratter le micro, tous ces sons prétendent provoquer chez certaines personnes une stimulation comparable à un «orgasme du cerveau».

C'est la raison pour laquelle la participation de mineures et mineurs, parfois de très jeunes enfants, qui engrangent des millions de vues en s’y mettant en scène peut mettre très mal à l’aise. En regardant leurs vidéos, il est facile de comprendre pourquoi elles n’ont rien de dérangeantes lorsqu’on les regarde avec des yeux d’enfants, qui ne comprennent pas ce qu’un public adulte peut projeter sur eux.

Une petite fille qui joue avec un pinceau à maquillage de sa mère, une autre qui joue avec des produits de spa, rien de bien méchant en soi. Mais, qu'il s'agisse d'enfants ou d'adultes, assister à l’intimité créée par les chuchotements et les bruitages humides dans le but de procurer du plaisir, ne semble pas très éloigné du fétichisme.

Les membres de la communauté de l’ASMR s’en défendent avec véhémence: leurs vidéos ne sont pour eux qu’une pratique de relaxation, que beaucoup utilisent pour s’endormir par exemple. En atteste le travail de Guilia Poerio, une professeure de psychologie à l’université de Sheffield qui a étudié plusieurs personnes sensibles à l’ASMR.

Elle s’est rendu compte que les personnes sensibles à l’ASMR voient leur rythme cardiaque diminuer, «comme lors de techniques de réduction du stress lors des thérapies musicales». Une réaction qui prouverait que l’ASMR n’est pas une stimulation sexuelle. Mais si cela peut donner bonne conscience, ça ne concerne que la réaction physiologique à la stimulation ASMR et n’en dit pas plus long sur les motivations du public.

Suivre la tendance

Récemment, on a beaucoup parlé du surmenage des YouTubeurs et YouTubeuses obligées de poster régulièrement sur la plateforme, d’avoir constamment les yeux rivés sur les dernières modes et les évolutions des goûts du public afin de rebondir très rapidement, quitte à faire dans la surenchère et à sombrer dans la course aux clics pour engranger un maximum de vues.

Le monde de l’ASMR n’est pas différent. Il a ses modes et ses influenceurs. Sauf qu’ici, sont aussi concernées des mineures et mineurs non seulement très exposés, mais qui produisent du contenu qui flirte avec un caractère sexuel et peu rapidement devenir écœurant.

L’une des chaînes les plus populaires de cet univers est Life With Mak. Pour ses plus d’un million d’abonnées et abonnés, Makenna Kelly, 14 ans, appareil dentaire, faux ongles et fard à paupière pailleté à l'appui, poste quotidiennement des vidéos d’elle en train de manger des confiserie ou de tester du maquillage.

Dernièrement, Makenna décline le thème de l'ingestion sur plusieurs vidéos: on peut la voir –et l'entendre– manger des chaussures en sucre. Dans le thumbnail d’une vidéo, elle pose avec une chaussure dans la bouche.

Have you seen my new YouTube video???

Une publication partagée par Life With MaK (@lifewithmak2005) le

Il y a quelque mois, elle jouait une «policière insolente» qui agitait une matraque en plastique et des menottes à strass dans un costume de policière. Vidéo qui a été supprimée après de nombreuses critiques.

Quel contrôle?

Comment attendre d’une ou d'un enfant qu’il comprenne ce qui est acceptable ou non lorsque des adultes sont prêts aux pires horreurs pour se retrouver dans les tendances YouTube? À peine les vidéos de Makenna ont-t-elle commencé à devenir virales que la jeune fille s'est mise à recevoir quotidiennement des requêtes pour faire des vidéos sur-mesure, qu’elle facture 50 dollars. Ses parents n’ont été tenus au courant de cette activité très lucrative que plusieurs mois après leur mise en ligne.

Sa mère s'occupe désormais de toutes les requêtes de fans et les commentaires sont systématiquement désactivés sur ses vidéos. C’est aussi sa mère qui a filmé avec elle la vidéo déguisée en policière. Et les films ne s’arrêteront probablement pas de sitôt puisque, selon les estimations de Business Insider, elles pourraient rapporter 1.000 dollars pas jour.

Une enquête de Wired révèle que nombre de chaînes n'ont besoin d'aucun contrôle parental. Au contraire, des enfants et pré-ados pilotent entièrement leurs chaînes. Et, même lorsque le contenu est modéré par les parents, c’est la question de l’exploitation et du travail illicite qui se pose.

Si les parents ne peuvent, ou ne veulent pas assurer la modération de ce que leur enfant poste en ligne, la responsabilité revient logiquement à la plateforme qui héberge et profite de ce contenu. YouTube interdit théoriquement la sexualisation de mineurs et a déclaré à Wired qu’il allait considérer les bruits de bouches par des enfants comme relevant de cette catégorie. Une rapide recherche permet de constater que ces vidéos existent encore par centaines.

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