Un shooting rue Crémieux à Paris. | Katell-Ar-Gow via flickr
Un shooting rue Crémieux à Paris. | Katell-Ar-Gow via flickr

L'enfer Instagram, ou quand votre maison devient une attraction touristique

Vivre dans une demeure photogénique peut vite se transformer en cauchemar.

En Haute-Savoie, la maison bariolée de Nadine Mehly sur la route nationale entre Annecy et la Roche-sur-Foron est devenue une véritable attraction touristique. «Les gens s'arrêtent, prennent des photos. Ils viennent de Marseille, du Nord... Même de l'étranger, d'Irlande par exemple, et me laissent des petits mots pour me remercier», témoigne la propriétaire des lieux sur France 3.

Mais cette gentille notoriété prend parfois des proportions bien plus fâcheuses. À Notting Hill, le quartier de Londres célèbre pour ses maisons pastel en rangée et popularisées par le film Coup de foudre à Notting Hill avec Julia Roberts et Hugh Grant, les résidents voient affluer chaque jour les touristes en quête du meilleur cliché Instagram.

«Une fois, un touriste français m'a demandé s'il pouvait “emprunter” le bouledogue que j'étais en train de promener pour une séance photo», raconte à CNN Alice Johnston, une résidente du quartier. Après avoir accepté, le touriste lui a versé 5 livres en guise de remerciement.

D'autres fois, en revanche, cela tourne au cauchemar. «J'ai déjà été réveillé à 6 heures du matin le dimanche de Pâques par des adolescents prenant des photos à l'extérieur. Une autre fois, alors que je me changeais après être sortie de la douche, j'ai vu un homme âgé prenant une photo de mes fenêtres avec un iPad.»

Clic clac

Si, dans les zones rurales, les habitants peuvent se protéger des importuns en installant des clôtures, ce n'est pas le cas des propriétaires de maison en ville, où les rues sont publiques.

À Barcelone, Venise, Dubrovnik ou Santorin, les résidents doivent faire face à des hordes de touristes armés de smartphones et osent à peine sortir sur leur terrasse. À Prague, les visiteurs éméchés faisaient tellement de boucan que les responsables locaux ont mis en place une patrouille chargée de faire respecter le calme après 22 heures.

Hallstatt, un petit village pittoresque de seulement 800 habitants dans les Alpes autrichiennes, voir affluer un million de visiteurs chaque année dans les rues pour se prendre en selfie. «Les résidents ont dû mettre des chaînes et des cônes de signalisation devant leur maison pour empêcher les touristes d'entrer», raconte Rachel Hosie, journaliste à Business Insider.

Dans le quartier de Broadacres, à Houston, les maisons en briques bordées d'arbres majestueux constituent la toile de fond idéale pour les photos de mariage ou d'anniversaires.

Malgré les panneaux interdisant les prises de vue, jusqu'à cinquante séances photo ont lieu par jour, rapportent les propriétaires. Les visiteurs laissent sur place ballons, confettis et ordures. À charge des habitants de faire le nettoyage.

À Paris, la rue Crémieux est devenue un «enfer», selon le vice-président de l'association de rue. «Des clips de rap se tournent pendant deux heures sous nos fenêtres, des enterrements de vie de jeune fille y sont organisés avec les hurlements qui vont avec, c'est franchement usant», s'exaspère-t-il. «C'est vrai qu'on oublie un petit peu que les maisons sont habitées», reconnaît Audrey, une étudiante venue faire un cliché Instagram.

C'est encore pire pour les propriétaires de maisons historiques, qui doivent ajouter au coût d'entretien et d'assurance celui des caméras de sécurité et des système anti-intrusion.

Pour mettre fin aux envahisseurs, Chuck Henderson, propriétaire d'une maison en Californie construite par le célèbre architecte américain Frank Lloyd Wright, s'est résolue à un compromis. La maison est louée occasionnellement pour des séances photo et ouverte une fois par an au public, et les bénéfices sont reversés à une association locale.

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