Sergei Krikalev à bord du Zarya, le 11 décembre 1998. | Nasa via Flickr

Sergei Krikalev à bord du Zarya, le 11 décembre 1998. | Nasa via Flickr

Dans la station Mir, l'incroyable histoire des derniers citoyens soviétiques

Deux cosmonautes ont vu l'URSS s'effondrer depuis l'espace.

Le 25 décembre 1991, le drapeau rouge est abaissé pour la dernière fois au palais du Kremlin. Le lendemain, le Soviet suprême prononce la dissolution officielle de l'Union soviétique, qui éclate en quinze républiques indépendantes.

Sur Terre, la chute de l'URSS est un immense chambardement géopolitique. 350 kilomètres au-dessus de la planète bleue, dans la station orbitale Mir, c'est un bouleversement personnel qui prend place. Alors que l'hymne soviétique retentit une ultime fois sur la place Rouge, deux cosmonautes, Sergei Krikalev et Aleksandr Volkov, se demandent ce qu'ils vont bien pouvoir devenir.

Kikralev est né à Leningrad (URSS), devenue Saint-Pétersbourg (Russie) pendant son voyage. Volkov a lui vu le jour à Horlivka, en Ukraine, désormais officiellement sortie du giron soviétique. Mais les deux hommes s'inquiètent surtout des conséquences de l'éclatement de leur ex-pays sur son programme spatial.

Les cosmonautes décollaient par exemple depuis le cosmodrome de Baïkonour. Seulement, à compter du 26 décembre, la base ne se trouvait plus en URSS mais au Kazakhstan, désormais indépendant.

Dix mois dans l'espace

Les deux cosmonautes ne sont pas arrivés en même temps. Volkov a quitté la terre le 2 octobre, Krikalev le 19 mai. Après la chute de l'Union, le commandement russe explique aux deux hommes que le pays n'a pas les moyens de les rapatrier. Un mois plus tard, rien n'a changé. Le mois suivant non plus. Les cosmonautes héritent du surnom «les derniers citoyens soviétiques».

La situation est particulièrement critique pour Krikalev. En juillet, l'ingénieur de vol avait déjà accepté de prolonger son séjour spatial à cause d'un vol annulé. «Ils disent que ce n'est pas bon pour moi, pas bon pour ma santé. Mais en ce moment, le pays traverse de telles difficultés, économiser de l'argent doit être la priorité», explique à l'époque le cosmonaute.

Contrairement à ce qui est parfois raconté, les deux hommes n'étaient pas piégés dans l'espace: la station Mir était équipée de capsules de sauvetage qui auraient pu les ramener sur Terre en quelques heures. Mais cela signifiait abandonner la station, et Volkov et Krikalev ne pouvaient s'y résoudre.

Ce n'est qu'en mars qu'un accord avec l'Allemagne est trouvé afin de remplacer les deux hommes, qui atterrissent au Kazakhstan le 25 mars 1992. Alors que sa mission devait durer cinq mois, Sergei Krikalev a passé le double en apesanteur.

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