À la fin de la guerre de Sécession, nombre d'anciennes personnes esclaves ont pu acquérir des terres. | The New York Public Library via Unsplash
À la fin de la guerre de Sécession, nombre d'anciennes personnes esclaves ont pu acquérir des terres. | The New York Public Library via Unsplash

Comment le peuple afro-américain a été spolié de ses terres au XXe siècle

Un mécanisme légal nommé «heir property» est en cause.

Entre 1910 et 1997, la surface des terres détenues par des Afro-Américain·es a diminué de 90%. Ce problème peu connu est l'un des facteurs majeurs de la disparité économique actuelle entre la population noire et blanche aux États-Unis.

À la fin de la guerre de Sécession, nombre d'anciennes personnes esclaves ont pu acquérir des terres, y compris au sud: en 1920 elles y représentaient 10% de la population, mais 14% des propriétaires de fermes.

Faisant peu confiance au système judiciaire, la majorité de ces individus n'a pas laissé de testament, recourant au mécanisme de la heir property: en principe, leurs descendant·es doivent hériter des terres. Encore aujourd'hui, 76% des Afro-Américain·es ne laissent pas de testament, soit deux fois plus que la communauté blanche.

Mais ce choix présente de nombreux inconvénients. «[Les héritièr·es] ne sont pas éligibles à certains prêts du ministère de l'Agriculture. [Ils] ne peuvent pas utiliser leur terre comme hypothèque auprès des banques et d’autres institutions. Ces personnes ne sont généralement pas éligibles aux aides en cas de catastrophe naturelle», détaille ProPublica. Pire: la heir property a engendré une véritable spoliation.

Vol légalisé

La simple obtention d'un titre de propriété est très complexe, car elle implique de retrouver chaque individu héritier encore en vie. Ces dix dernières années, une ONG, le Center for Heirs’ Property Preservation en Caroline du Sud, a ainsi permis à 200 personnes, très majoritairement noires, d'obtenir des titres de propriété pour des terres valant 14 millions de dollars [11,82 millions d'euros].

Rien que dans cet État, plus de 40.000 hectares sont détenus en heir property, majoritairement par des Afro-Américain·es. Du fait de la difficulté à obtenir un titre de propriété, ces terres sont souvent ciblées par des promoteurs peu scrupuleux qui veulent construire des golfs ou des hôtels: ils affirment qu'elles leur appartiennent et gagnent souvent devant les tribunaux.

Dans le comté de Carteret, «si vous parlez à une famille afro-américaine qui possédait des terres dans ces comtés, vous trouverez une histoire où ils ont l'impression que des terres leur ont été enlevées contre leur gré, par une magouille juridique», explique l'historien David Cecelski.

Les terres détenues en heir property peuvent aussi être vendues aux enchères si les propriétaires ne paient pas leurs impôts. Dans les années 80 sur l'île de Daufuskie, les autorités ont ainsi augmenté la fiscalité de 700%, obligeant les propriétaires afro-américain·es à vendre leurs terres pour une bouchée de pain... à des individus blancs.

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