Des Marines s'entraînent le 25 février 2013 au Camp Lejeune, dans le Mississippi, où plusieurs kilos d’explosifs ont été volés. | Scott Olson / Getty Images / AFP

Des Marines s'entraînent le 25 février 2013 au Camp Lejeune, dans le Mississippi, où plusieurs kilos d’explosifs ont été volés. | Scott Olson / Getty Images / AFP

Des explosifs n'arrêtent pas de disparaître des bases militaires américaines

Une enquête révèle les failles de procédures des inventaires de l'US Army: troublant.

En juin 2021, l'Associated Press (AP) a publié une enquête au contenu explosif: celle-ci révélait qu'en dix ans, au moins 2.000 armes à feu ont disparu de l'inventaire de l'armée des États-Unis. L'article souligne les failles du fonctionnement de l'institution: elle ne parvient ni à surveiller ses stocks, ni à assurer le suivi de son matériel quand il manque à l'appel. Six mois après la parution du résultat de ces investigations, l'agence de presse enfonce le clou: les stocks d'explosifs de l'US Army échappent à sa vigilance.

Entre 2010 et 2020, au moins 1.900 exemplaires de cette catégorie d'armement se seraient évanouis dans la nature, dont 1.066 modèles fonctionnant au C-4 ou à la TNT, selon les enregistrements de l'armée –qui recensent aussi des pertes de munitions d'artillerie, de grenades, de roquettes et de mines antipersonnel.

L'armée est supposée tenir un inventaire précis des explosifs qui sont en sa possession. L'enquête de l'AP pointe les erreurs relatives à la procédure spécifique de surveillance qu'implique ce type d'armement.

Dans le cas où une arme qui sert plusieurs fois est rapportée à l'armurerie après avoir été empruntée, une simple mise à jour de l'inventaire suffit. Mais le suivi d'un engin à déflagration est moins sécurisé: après avoir explosé, il est censé être hors d'usage à son retour à l'armurerie. Le rapport destiné à confirmer que l'explosif a bien servi doit être signé par au moins deux armuriers, explique l'AP. Mais si ce document est falsifié, il devient difficile pour l'armée de savoir s'il fait passer un explosif en réalité intact pour un engin hors d'état de nuire.

Deux ans de conservation avant péremption

L'Associated Press estime que l'armée a tendance à sous-estimer le nombre d'armes qui échappent à sa vigilance. Interrogé au cours de l'enquête, un responsable de la Navy a évoqué un cas où seules vingt grenades à main avaient été dérobées à l'organisation militaire, et affirmé que dix-huit d'entre elles avaient été retrouvées.

Les journalistes remettent ces chiffres en question. Ils se sont aperçus que ce décompte omettait vingt-quatre grenades déclarées manquantes dans l'armurerie d'un navire en 2012. Défense du porte-parole de la Navy: ce cas dépasse «l'obligation de deux ans de conservation des rapports locaux».

Les motifs et l'ampleur des vols varient. L'AP cite le sergent Alex Krasovec qui, en 2017, avait affirmé avoir volé cinq feuilles de detasheet, une fine pâte explosive, «pour [s'amuser], peut-être en faisant exploser des souches d'arbres».

L'enquête cite aussi le cas de Travis Glosser, un Marine qui s'était approprié dix blocs de C-4, soit plus de 5 kilos d'explosifs, afin de «protéger sa famille» en cas de victoire d'Hillary Clinton aux élections présidentielles de 2016.

Ignorer où sont passés de tels engins peut avoir des conséquences dramatiques. Ce sont des lycéens qui sont tombés par hasard sur les explosifs de Krasovec cachés dans une maison abandonnée.

En août 2021, l'employé d'une casse du Mississippi a été tué par l'explosion d'un obus d'artillerie, avant qu'un second projectile ne soit découvert au même endroit. La base de la Garde nationale, située non loin du lieu de la déflagration, a estimé que les indices étaient insuffisants pour affirmer que ces armes lourdes étaient en sa possession avant de se retrouver dans la nature.

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