La Skull Valley n'aura jamais aussi bien porté son nom. | Dessy Dimcheva via Unsplash

La Skull Valley n'aura jamais aussi bien porté son nom. | Dessy Dimcheva via Unsplash

Le jour où les États-Unis ont tué 6.000 moutons à l'arme chimique

L'incident des moutons de Dugway n'a par miracle pas fait de victimes humaines.

Cette histoire vraie commence comme le début d'un roman d'épouvante. Le jeudi 14 mars 1968 au petit matin, Fay Gillette, le shérif de Tooele, dans l'Utah, fait une découverte macabre: les plaines de Skull Valley sont jonchées de cadavres de moutons, «aussi loin que l'œil peut voir».

Il est aujourd'hui estimé que, dans la nuit du 13 au 14 mars, puis dans les semaines qui ont suivi, ce ne sont pas moins de 6.000 moutons qui ont succombé dans la vallée enneigée. Très vite, les suspicions se sont tournés vers le Dugway Proving Ground, une base militaire du gouvernement américain se trouvant à proximité.

Dugway n'est pas n'importe quelle base. D'une surface de 3,2 kilomètres carrés, elle sert à tester tout ce que l'Armée imagine de plus pervers: bombes incendiaires, lance-flammes, bombes sales et, surtout, armes chimiques. C'est par exemple à Dugway qu'a été développée la sinistre «bat bomb», une arme jamais utilisée, pensée pour larguer sur le Japon des chauves-souris attachées à des engins incendiaires.

À l'époque, les États-Unis développaient une arme appelée VX, une version du sarin mais plus mortelle encore, rendue célèbre par Hollywood et, notamment, le film Rock.

Le VX est un agent innervant, c'est-à-dire une substance qui, si elle est absorbée, bloque les transmissions nerveuses. Tous les muscles du corps se contractent, et la mort par asphyxie ou arrêt cardiaque survient au bout de quelques secondes.

Test raté

Extrêmement létal, ce poison est mortel à partir d'une dose de dix milligrammes. Mais pourquoi l'armée répandrait-elle un produit chimique aussi dangereux sur son propre territoire? Au départ, les autorités militaires ont nié être responsables, mais des tests scientifiques sur les sols et les cadavres des bêtes ont révélé que c'est bien le VX qui semble avoir semé la mort.

La théorie la plus probable est que la veille, les réservoirs d'un avion qui effectuait des tests de spray de l'agent toxique depuis les airs aient dysfonctionné. Le VX aurait ainsi été largué à une altitude plus élevée que prévu. Un orage passant par là aurait porté le poison plus loin, où il se serait déposé sur la végétation. Par miracle, il n'y a aucune victime humaine connue.

Sans jamais admettre ouvertement sa responsabilité, l'armée avait accepté de payer 376.000 dollars de dédommagement au fermier propriétaire de 90% des animaux tués et de prendre en charge leur enterrement.

L'affaire a cependant choqué les États-Unis et causé de nombreux débats sur l'utilisation des armes chimiques. À l'époque, des mouvements de protestations s'opposait déjà à leur utilisation au Vietnam. Les USA ont terminé de détruire leur stock de l'arme en mai de cette année.

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Un autre point chaud. Très chaud.