Des soldats finnois lors d'un exercice, en mars 2022. | Jonathan Nackstrand / AFP
Des soldats finnois lors d'un exercice, en mars 2022. | Jonathan Nackstrand / AFP

Face à la menace russe, la Finlande a un plan très précis

Tout dans le pays est prêt pour la pire des éventualités.

La Finlande connaît bien la Russie. C'est, sur le plan géographique, l'une de ses immédiates voisines, avec laquelle elle partage 1.340 kilomètres de frontière. Ce fut également sa matrone, entre 1809 et 1917, quand elle fut placée sous sa souveraineté en tant que grand-duché autonome.

En 1939, quelques mois après le début de la Seconde Guerre mondiale, elle fut surtout son ennemie existentielle lors de la Guerre d'hiver. Également nommée guerre de Finlande, celle-ci vit les troupes de Moscou envahir un pays nordique peu préparé et mal armé mais qui, contre toute attente, grâce à une parfaite utilisation du terrain et de son climat mais au prix de sérieuses concessions territoriales, finit par repousser son puissant envahisseur.

Cela vous rappelle quelque chose? Normal. À la Finlande aussi, l'actuelle guerre russe en Ukraine rappelle quelques sombres souvenirs. Mais à la différence de 1939, le pays désormais membre de l'UE et qui hésite à adhérer à l'Otan, a appris à se méfier et se tient désormais prêt à toutes les éventualités comme l'écrit un passionnant article du Financial Times.

La Finlande est prête pour une guerre, mais elle est également parée pour une pandémie –le consensus est que le pays a mieux réagi au Covid-19 que d'autres nations– ou pour toute catastrophe, climatique par exemple, nécessitant une action concertée de l'ensemble de ses élites et de ses 5,5 millions d'habitants. En un mot: pour la Finlande, la préparation à la crise est presque un sport national et collectif.

«Étant donnée notre situation géostratégique, notre grand territoire et notre population éparse, nous devons disposer de tout ce qu'il faut pour défendre le pays», explique au quotidien britannique Janne Kuusela, patron de la politique de défense au sein du ministère de la Défense.

«Nous nous entraînons régulièrement à de multiples niveaux pour nous assurer que tout le monde saura quoi faire –les décideurs politiques, les banques, l'Église, l'industrie, quel doit être le rôle des médias. Le résultat est que cette société peut être mise en mode gestion de crise n'importe quand.»

Sur le plan militaire, cela signifie par exemple que près d'un tiers de la population adulte du pays est réserviste, ce qui lui permet au besoin de mobiliser l'une des armées les plus peuplées, en proportion, d'Europe. La bagatelle de 280.000 soldats seraient ainsi immédiatement prêts en cas d'attaque, et 900.000 autres pourraient être extraits de leur réserve au besoin.

Tactiquement, le pays maintient des plans en place pour le cas d'une invasion. Les déplacements des populations vers des lieux sûrs, l'emplacement de solides bunkers pour les cadres de son armée, la capacité à déployer ses forces aériennes depuis les routes des parties les plus reculées du territoire, les ponts à faire sauter, l'emplacement des mines à installer près des côtes: tout est planifié, mis à jour en permanence selon les évolutions stratégiques du moment.

Sait-on jamais

Le pays s'oblige également à faire et à conserver en tout temps d'importantes réserves de produits stratégiques en cas de conflit. Les firmes pharmaceutiques doivent avoir un stock correspondant à 3 à 10 mois de consommation. Des réserves stratégiques permanentes de grains et de carburants divers accumulent de quoi tenir au minimum six mois.

L'architecture elle-même est parée à toute éventualité. Les bâtiments les plus hauts doivent être bâtis au-dessus d'un abri anti-bombardement en bonne et due forme. La capitale est «comme un fromage suisse», comme «le décor d'un James Bond», décrit Jarmo Lindberg, ancien patron de La Défense, qui décrit une ville reposant sur des dizaines de kilomètres de tunnels incassables.

Les patinoires, les parkings souterrains, les piscines, une grande partie des bâtiments publics sont prêts à recevoir la population en cas de crise majeure –guerre, ou autre.

Mais toutes ces préparations ne concernent pas uniquement les choses matérielles: les structures mêmes du fonctionnement du pays, son économie, ses entreprises et même ses lois sont conçues pour pouvoir s'adapter à la volée à toute situation de crise majeure.

Pour ce faire, les élites politiques, militaires ou économiques du pays suivent des formations d'un mois, nommés «Cours de défense nationale», lors desquels elles apprennent à gérer collectivement les urgences.

Dans certains secteurs-clés, les télécoms, l'énergie ou l'agro-alimentaire par exemple, les entreprises ont l'obligation de se rencontrer plusieurs fois par an pour discuter de ce qui pourrait dérailler, et de la manière d'améliorer la situation.

Bref, le pays est prêt, mais surtout il travaille en permanence à parfaire cette préparation, selon les menaces qui peuvent se présenter. Actuellement, la principale semble se situer à quelques kilomètres seulement, en face de la frontière, et ravive quelques logiques inquiétudes.

«Certains disent qu'on a combattu 32 guerres contre la Russie, d'autres 42, s'amuse Jarmo Lindberg. Tout ce que je sais, c'est que la Russie sera toujours là, et que nous serons toujours prêts.»

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