L’opération SaboTor aboutie le 7 mai dernier aux États-Unis marque les débuts d’une nouvelle ère dans la lutte contre les marchés souterrains du dark web, fondée sur la coordination entre agences de sécurité. | rebcenter-moscow via Pixabay
L’opération SaboTor aboutie le 7 mai dernier aux États-Unis marque les débuts d’une nouvelle ère dans la lutte contre les marchés souterrains du dark web, fondée sur la coordination entre agences de sécurité. | rebcenter-moscow via Pixabay

La guerre sans fin contre le trafic de drogue sur le dark web

Un hydre à 1000 têtes: coupez-en une, plusieurs autres repoussent instantanément.

À lire les avis client·es sur Empire Market, l’un des plus gros marchés illégaux sur le dark web, ce business ne s’est jamais si bien porté. «Très satisfait, j’en reprendrai», commente un acheteur de crystal meth. D’autres, manifestement ravi·es de leurs commandes d’oxycodone et de fentanyl (opiacés qui ont causé une crise sanitaire sans précédent aux États-Unis) gratifient leur dealer d’un bref mais limpide «Excellent. Bravo!»

Pourtant, début mai, la vis s’est resserrée sur le dark web avec la fermeture de deux des plus gros marchés de revente de drogue en ligne, Wall Street Market et Valhalla. Dans le même temps, Dream Market se mettait hors ligne, une fermeture soudaine probablement incitée par le coup de filet mené conjointement par Europol, le FBI et la Drug Enforcement Administration un mois plus tôt.

L’opération coordonnée SaboTor conduisait à l’arrestation de plus de soixante personnes et la saisie de près de 295 kilos de drogue, 51 armes à feu et pas loin de 10 millions de dollars en cash, or et cryptomonnaies.

Le 7 mai, le FBI et Europol ont annoncé leur dernier coup de maître: la fermeture de DeepDotWeb, un site qui proposait des offres promotionnelles à destination du marché noir. La capture d’un gros poisson, dont se félicite l’agent spécial du FBI Maggie Blanton: «On pense que ça va avoir un énorme impact, car on considère DeepDotWeb comme une porte d’entée du dark web», confiait-elle à Wired.

D’après le directeur du Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3), cette action de grande ampleur est le résultat de l’adoption de mesures ambitieuses et particulièrement efficaces.

Un puits sans fond

Pour autant, il ne faudrait pas crier victoire trop vite. De ce côté du web, on renaît vite de ses cendres et à chaque coup d’arrêt succède bientôt un nouveau cycle d’expansion. C’est du moins l’analyse de l’informaticien Nicolas Christin, expert de cette face cachée de la toile: «L’histoire nous a prouvé que cet écosystème est très, très résilient.»

Preuve en est avec Silk Road, longtemps leader du marché, dont la fermeture a entraîné l’apparition de dizaines de sites remplaçants, dont AlphaBay qui a finit par devenir encore plus gros que son aîné, avant d’être à son tour démantelé par le FBI en 2017.

L’opération SaboTor marque les débuts d’une nouvelle ère dans la lutte contre les marchés souterrains du dark web, fondée sur la coordination. Aux États-Unis, l’équipe de la Joint Criminal Opioid Darknet Enforcement (J-CODE), composée d’agents du FBI, du département de sécurité intérieure (Home Homeland Security Investigations), des services postaux et des Services des douanes et de la protection des frontières, siège désormais au quartier général du FBI à Washington.

Il n’y a pas de petite victoire si on peut empêcher une seule personne de faire une overdose.
Maggie Blanton, agent spécial du FBI

Depuis la fermeture de DeepDotWeb, les client·es du dark web ont trouvé refuge sur le forum Dread, hébergé sur un service caché du réseau Tor. En attendant une nouvelle victoire des autorités, ils s’y s’échangent astuces et conseils, notamment en ce qui concerne les sites à éviter et les marchés «encore dignes de confiance» –encore une fois, la relève n’a pas tardé à se mettre en place.

À bien des égards, la lutte contre les marchés noirs du dark web s’apparente à un travail de Sisyphe. Il en faudrait pourtant plus pour décourager les agents du FBI et d’Europol. S’ils semblent tout à fait conscients de l’ampleur de la tâche, ils n’en restent pas moins assurés que leur travail est nécessaire. Comme le confiait Maggie Blanton à Wired: «Il n’y a pas de petite victoire si on peut empêcher une seule personne de faire une overdose.»

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