Jelly Parade, 2019, photographie issue de la série «Fluid(s) of a Love Scene», de Jeanne Briand, dont le travail est exposé aux Magasins généraux à Pantin. | Jeanne Briand et Alice Girard.

Jelly Parade, 2019, photographie issue de la série «Fluid(s) of a Love Scene», de Jeanne Briand, dont le travail est exposé aux Magasins généraux à Pantin. | Jeanne Briand et Alice Girard.

«Futures of Love»: les artistes inventent l’amour et la sexualité du futur

Aux Magasins généraux à Paris, une exposition d’art contemporain explore comment les nouvelles technologies bouleversent les jeux de l’amour et du sexe.

Célia Hempton est une habituée de chatrandom, cette plateforme mettant aléatoirement en relation deux personnes qui ne se connaissent pas. Elle s'y connecte régulièrement, ni pour du sexe virtuel ni pour trouver l'amour: c'est ainsi que l'artiste sélectionne ses modèles, en discutant avant de peindre leurs corps nus et désirants sur de petites toiles qui flirtent avec l'abstraction.

Ses tableaux représentent souvent une scène de masturbation et portent le nom du modèle, parfois sa localisation et la date de la rencontre. Une manière pour cette artiste britannique de fixer ces instants d'intimité éphémères, sans quoi ils tomberaient dans les méandres numériques de l'oubli.

Imaginer l'amour et le sexe de demain

Qui eût cru, il y a demi-siècle, qu'il serait un jour possible de jouir avec un·e étrangèr·e à l'autre bout de la planète et sur un écran? Internet a ouvert le spectre des désirs et de l'amour. Les quarante artistes contemporain·es réuni·es aux Magasins généraux pour l'exposition «Futures of Love» en font brillamment la preuve: leurs œuvres transcendent souvent la simple description de ce nouvel état de fait (l'impact des nouvelles technologies), exaltant et problématisant leurs potentiels politiques.

Les tableaux crémeux de Celia Hempton sont de ceux-là: si l'algorithme de nombreuses applications de rencontres enferme souvent leurs membres dans un score de désirabilité, internet a tout de même ouvert des brèches, diversifié les modes d'échanges et, dans une certaine mesure, brisé les frontières géographiques, culturelles et socio-économiques.

L'artiste Ed Fornieles expose un casque de réalité virtuelle «permettant au visiteur d'incarner un corps en 3D [...] tout comme celui du partenaire sexuel qu'il rencontre», expliquent les jeunes commissaires Anna Labouze et Keimis Henni.

Ici, chacun·e est amené·e à épouser des enveloppes corporelles différentes –de l'homme bien en chair à la femme sexy– et à coucher avec des inconnu·es dans des relations sexuelles souvent non-binaires.

Bande-annonce de l'exposition «Futures of Love», du 21 juin au 20 octobre aux Magasins généraux (Pantin).

Se libérer des déterminismes

Les technologies font le lit du déterminisme mais elles libèrent aussi la parole et craquèlent un peu plus les normes et vieux carcans. Polyamour, homosexualité, transsexualité, sadomasochisme… elles participent à normaliser des pratiques considérées par les codes traditionnels comme déviantes et réinventent les relations humaines.

Exacerbée par les réseaux, la mise en scène de soi –de son corps comme objet, en particulier pour les femmes– est devenue une compétence essentielle pour séduire. Représentant des jeunes femmes contorsionnées, consuméristes et monstrueuses, les sculptures pince-sans-rire d'Anna Uddenberg se moquent des «pétasses à selfie» et montrent des corps genrés, façonnés par ou pour l'écran.

À l'apparence et au contact physique s'est souvent substitué l'avatar, le bot ou le robot. Des phénomènes explorés dans l'exposition par l'artiste Ed Atkins ou le collectif !Mediengruppe Bitniks. Serait-il réellement impossible de tomber amoureux d'une intelligence artificielle, comme Joachim Phoenix dans le film Her de Spike Jonze? Les supports de l'amour, de l'affection et du désir se sont certes dématérialisés, cela ne les rend pas moins réels.

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