Depuis 2010, plus de 200 milliards de dollars ont été investis dans la pétrochimie aux États-Unis. | Jonathan Chng via Unsplash
Depuis 2010, plus de 200 milliards de dollars ont été investis dans la pétrochimie aux États-Unis. | Jonathan Chng via Unsplash

Les géants de la pétrochimie investissent massivement dans le plastique pour survivre

Mais pour sauver la planète, c'est pas gagné.

Le plastique étouffe les océans, colonise glaciers et montagnes, intoxique êtres humains et animaux. L'Asie, qui a longtemps servi de poubelle à la surconsommation de l'Occident, commence à renvoyer les déchets à leurs envoyeurs.

La France promet l'anéantissement de tous les plastiques jetables d'ici 2040. Plus fort, plus autoritaire aussi, la Chine annonce un plan similaire –mais pour quinze ans plus tôt.

Et ExxonMobil, Shell ou Saudi Aramco? Elles investissent, massivement, dans cette matière largement conspuée issue de l'exploitation de pétrole et de gaz.

Un article publié par la Yale School of Forestry & Environmental Studies explique ce qui se trame. Confrontés à un monde cherchant à se défaire de sa dépendance au pétrole et au gaz, les géants du secteur ont trouvé dans le plastique un moyen de soutenir leur croissance –la part de la pétrochimie dans la demande en pétrole devrait passer de 14% aujourd'hui à près de 50% d'ici à 2050.

Dans le même temps, le boom de la fracturation hydraulique aux États-Unis met sur le marché un gaz abondant, donc peu coûteux à exploiter: en faire du plastique est une piste solide de profits.

Plan B

La revue note que depuis 2010 et pour les États-Unis seulement, les investissements dans la chimie des énergies fossiles ont représenté près de 200 milliards de dollars (180 milliards d'euros) pour plus de 333 firmes.

Ces entreprises cherchent à améliorer les installations existantes, à en bâtir de nouvelles, à édifier des pipelines dédiés. Shell construit par exemple à Monaca, en Pennsylvanie, une usine de craquage d'éthane –brique primodiale de la matière– capable de produire 1,6 million de tonnes de plastique dès son ouverture.

Judith Enck, fondatrice de Beyond Plastics, explique à la revue que l'année 2020 sera cruciale: certains de ces projets n'ont pas encore reçu d'autorisation et pourraient voir leur horizon se boucher. Mais elle prévient: «Si même un quart seulement de ces installations de craquage d'éthane voient le jour, nous serons enfermés dans un futur de plastique dont nous aurons du mal à nous remettre.»

Le plastique n'a pas que des détracteurs. Certain·es scientifiques ou lobbyistes notent qu'il permet d'alléger les voitures, de mieux isoler les foyers, de réduire le gâchis alimentaire en allongeant la durée de vie de la nourriture, donc de faire des économies. Son remplacement par d'autres matières –bois, acier, verre, aluminium– présente aussi des défis environnementaux.

La revue américaine aligne pourtant quelques chiffres implacables. Le plastique est un pollueur, voire un tueur, mais il est aussi un véhicule important pour les émissions de gaz à effet de serre.

Celles-ci pourraient passer de 900 millions à 1,3 milliard de tonnes d'ici à 2030. Ce n'est pas notre problème, semble répondre l'industrie pétrochimique, qui a trouvé un plan B pour survivre à l'actuelle menace existentielle.

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