L'appétit de Google pour les données personnelles est sans limite. | Creators Collective via Unsplash
L'appétit de Google pour les données personnelles est sans limite. | Creators Collective via Unsplash

Google aspire les données médicales de millions de personnes à leur insu

Dans le cadre du «Projet Nightingale», des hôpitaux lui transmettent leurs données sans en informer les patient·es.

Début novembre, le rachat de Fitbit par Google pour 2 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros) a beaucoup fait réagir, notamment quant à la possession par la firme de Mountain View des données de santé de millions de personnes, et à l'usage qu'elle pourrait en faire.

Cependant, si cette acquisition est non négligeable, ce n'est pas la seule manière qu'a l'entreprise de mettre la main sur des données médicales. Le Wall Street Journal révèle ainsi que Google a conclu un marché avec Ascension, une organisation catholique à but non lucratif qui administre plus d'une centaine d'hôpitaux.

Le «Project Nightingale» («projet rossignol») prévoit la fourniture par Ascension à Google de ses résultats de laboratoires, données hospitalières, de l'historique de santé de ses patient·es, ainsi que de leurs noms et dates de naissance. Ni les médecins ni les patient·es n'en n'ont été informé·es.

En France, les données médicales sont «considérées comme sensibles», et bénéficient à ce titre de protections particulières garanties par plusieurs textes de loi. L'une de ces protections est que ces données doivent être strictement anonymes.

Pratiques légales

Aux États-Unis, les données médicales sont protégées par le Health Insurance Portability and Accountability Act (HIPAA). Or, il s'avère que cette loi permet aux hôpitaux de partager leurs données à leurs partenaires commerciaux, tant qu'elles sont utilisées «uniquement pour aider ces partenaires à remplir leur fonction de soin».

Le partage de ces données serait donc parfaitement légal. Google s'est d'ailleurs fendu d'un communiqué assumant son partenariat avec Ascension, dans lequel l'entreprise explique qu'elle participe à moderniser les systèmes d'Ascension, notamment en plaçant son infrastructure informatique dans le cloud.

D'après Google, c'est même un accord assez routinier. «C'est une pratique standard dans la santé, puisque les données sont souvent gérées par des systèmes informatiques que les médecins utilisent largement pour s'occuper de leurs patients», est-il écrit.

Ce qui est moins traditionnel en revanche, c'est que d'après le Wall Street Journal, Google utilise les données en question pour nourrir des algorithmes et intelligences artificielles. Afin de créer des logiciels dédiés à la santé, et de les vendre ensuite à d'autres hôpitaux.

En 2017, les tribunaux britanniques ont condamné l'entreprise pour une affaire similaire, dans laquelle le système de santé publique avait partagé des données avec DeepMind, une entreprise de Google. Ce qui ne l'avait pas empêché de continuer d'aspirer de la data.

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