Une partie de l'accélérateur de particules du Cern en maintenance à Cessy, en France, le 6 février 2020. | Valentin Flauraud / AFP
Une partie de l'accélérateur de particules du Cern en maintenance à Cessy, en France, le 6 février 2020. | Valentin Flauraud / AFP

L'homme qui a mis la tête dans un accélérateur de particules

Et qui a survécu: Anatoli Bougorski est un cas unique au monde.

Un accélérateur de particule est un engin qui, comme son nom l'indique, propulse des particules chargées d'énergie à très grande vitesse, afin d'étudier leurs collisions. Autrement dit, mieux vaux ne pas se retrouver sur leur parcours, et encore moins la tête la première.

C'est pourtant ce qui est arrivé à Anatoli Bougorski, un physicien russe. Dans les années 1970, l'Institut de physique des hautes énergies de l'Union soviétique utilisait pour ses recherches le synchrotron U70, un accélérateur de particule circulaire qui, à l'époque, était le plus puissant au monde.

Le 13 juin 1978, le U70 malfonctionne, et Anatoli Bougorski se penche sur l'appareil afin de l'inspecter, comme on le ferait avec un vulgaire aspirateur ou un grille-pain capricieux.

Du fait de protocoles de sécurité défectueux, la tête de l'ingénieur alors âgé de 36 ans se retrouve sur le trajet du faisceau de particule, qui traverse son crâne à une vitesse proche de celle de la lumière.

Un millier de soleils

Au moment de l'incident, Bougorski affirme n'avoir ressenti aucune douleur mais avoir aperçu une lumière «plus lumineuse qu'un millier de soleils». Persuadé qu'il allait mourir rapidement, le physicien a alors terminé sa journée de travail, puis est rentré chez lui.

Seulement, malgré une irradiation en pleine tête estimée entre 2.000 et 3.000 grays, l'une des deux unités mesurant la quantité de radiations absorbée par une chose ou un humain, Bougorski n'est pas mort.

Les jours suivants, sa tête a en revanche gonflé jusqu'à ce qu'il ne soit «plus reconnaissable» et sa peau s'est décollée aux endroits du passage du rayon, à l'arrière gauche du crâne et au bord de sa narine gauche. Les médecins de l'hôpital dans lequel il a été placé pensaient ne pouvoir qu'étudier la manière dont il allait mourir –à leur grand étonnement, ce n'est jamais arrivé.

Bien que son visage soit a moitié paralysé, qu'il ait perdu une partie de son audition et souffre de convulsions occasionnelles, Anatoli Bougorski est encore bien vivant aujourd'hui. Plusieurs années après l'incident, les lésions dans son cerveau ont continué de se détériorer, mais pas suffisamment pour qu'il ne puisse finir son doctorat et continuer ses travaux scientifiques.

Dans son malheur, Bougorski a toutefois eu de la chance que l'incident ait eu lieux en 1978, car les accélérateurs d'aujourd'hui sont bien plus puissants que le U70. Si un ingénieur se retrouvait sur le chemin du grand collisionneur de hadrons du Cern, il pourrait bien finir en morceaux. Ou, comme Jon Osterman dans Watchmen, en Dr. Manhattan?

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