Vassili Arkhipov a inspiré plusieurs personnages de cinéma, dont celui joué par Liam Neeson dans K-19: Le Piège des profondeurs de Kathryn Bigelow (2002). | Capture d'écran HD Retro Trailers via YouTube

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Vassili Arkhipov, l'homme qui a sauvé le monde d'une guerre nucléaire totale

Seul, il a empêché l'URSS d'attaquer les États-Unis en 1962.

Si Vassili Arkhipov n'avait pas existé, nul doute que la face du monde aurait été bien différente aujourd'hui. Né en 1926 de parents paysans, il grimpe les échelons dans l'armée soviétique, ce qui lui vaudra d'être nommé en 1961 à la tête du nouveau sous-marin nucléaire lanceur d'engins de l'URSS, un certain K-19.

Dès le premier voyage du submersible, les choses tournent mal. Une fuite est signalée: elle concerne le système de refroidissement du réacteur nucléaire. Panique à bord. Si aucune solution n'est trouvée, on file droit vers la fusion nucléaire. Tant bien que mal, l'équipe technique du sous-marin met en place un système de refroidissement d'urgence, évitant la fusion.

Hélas, l'intégralité de l'équipage a subi de fortes radiations. Dans le mois qui suit l'incident, les membres de l'équipe technique meurent les uns après les autres. Ce drame, qui marque Arkhipov à vie, va peser sur la suite de sa carrière, ainsi que sur les décisions capitales qu'il aura à prendre.

En octobre 1962, le voici nommé capitaine de vaisseau. Il dirige alors une flottille composée de quatre sous-marins, dont le B-59, chargés de rallier Cuba depuis la Russie. Il voyage à bord du B-59, dont il est également commandant en second. Ce sous-marin d'attaque est muni d'une vingtaine de torpilles, dont une nucléaire.

Bien que se déplaçant dans des eaux internationales, la flottille transgresse le blocus des eaux cubaines instauré par John Fitzgerald Kennedy quelques jours plus tôt. Les États-Unis avaient clairement prévenu qu'ils feraient usage de grenades sous-marines afin de forcer les sous-marins russes à faire surface.

Or, les membres des quatre appareils ne disposent pas de cette information. Le contact radio avec Moscou est en effet rompu depuis plusieurs jours.

Fin octobre, le B-59 est repéré et commence à subir les lancers de grenades américaines. À bord du B-59, les tensions sont vives. Tout le monde est à cran en raison de l'absence totale d'informations (la guerre a-t-elle éclaté?) et de la température élevée (37°C, voire près de 50°C dans certaines zones). Il faut dire que l'air conditionné a définitivement cessé de fonctionner. Les évanouissements sont nombreux car le taux de dioxyde de carbone est élevé. Rien ne va plus.

Seul contre tous

Du côté des officiers, les supputations et les conjectures fusent. Valentin Grigorievitch Savitsky, commandant du sous-marin, est persuadé que la guerre entre l'URSS et les États-Unis a commencé, et fait part de son désir de lancer la torpille nucléaire du B-59. Cible: l'USS Randolph, un porte-avions américain.

Seulement voilà: il avait été établi au préalable que pour qu'un tel lancement soit validé, la décision devait faire l'unanimité au sein du trio formé par le commandant Savitsky, l'officier politique Ivan Semonovich Maslennikov, et Vassili Arkhipov. Les deux premiers sont favorables à l'utilisation de la torpille à ogive nucléaire, mais le troisième s'y oppose.

Le conflit fait rage entre Savitsky et Maslennikov d'un côté, et Arkhipov de l'autre. Conscient des conséquences potentielles d'un tel geste, celui-ci refuse de participer à la prise de cette décision tant qu'aucun ordre émanant de Moscou n'aura été reçu.

Après un long bras de fer, il convainc ses deux opposants de faire remonter le B-59 à la surface dans le but de pouvoir contacter l'état-major de la marine. Décision salvatrice. Accueilli par un destroyer américain au moment de son émersion, le sous-marin russe est simplement invité à quitter les eaux cubaines et à regagner l'URSS.

Ce n'est que bien des années plus tard, lors d'une conférence de presse donnée par la Russie en 2002, que les autorités américaines apprendront que le B-59 possédait une torpille à ogive nucléaire et qu'il était à deux doigts de s'en servir.

Seuls Vassili Arkhipov (mort en 1998 d'un cancer probablement dû aux radiations du K-19) et quelques autres avaient jusqu'ici connaissance de cette affaire qui, si elle avait pris un autre tournant, aurait pu constituer la première étape d'une guerre nucléaire mondiale.

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