Des Indiens respectant scrupuleusement les consignes de distanciation physique, le 29 mars 2020 à Bombay. | Indranil Mukherjee / AFP
Des Indiens respectant scrupuleusement les consignes de distanciation physique, le 29 mars 2020 à Bombay. | Indranil Mukherjee / AFP

Contre le coronavirus, l'Inde mise sur le DIY et le low-tech

Le pays manque de moyens, mais certainement pas d'idées.

Lorsque des personnes en provenance de zones à risque ont commencé à arriver au Maharashtra, le ministre de la Santé de cet État du centre-ouest de l'Inde a dû s'assurer qu'elles respectaient leur quarantaine.

Ne disposant pas des technologies de géolocalisation d'un pays comme Taïwan, il a utilisé l'encre indélébile servant habituellement aux élections pour tamponner le dos de leurs mains. Si les individus sont contrôlés dans la rue avec le tampon, ils sont arrêtés.

Un autocollant sur la porte signale les logements sous quarantaine. Les transports étant à l'arrêt, il est aussi envisagé de transformer des wagons de train en zones de confinement.

L'Inde, qui compte 1,3 milliard d'habitant·es et recense à peine plus de 1.000 cas de Covid-19, expérimente actuellement le plus grand confinement au monde. Comme en France, chacun·e est invité·e à rester chez soi, et seuls les commerces essentiels sont autorisés à ouvrir.

Les autorités indiennes ont formulé une demande originale aux opérateurs téléphoniques: désormais, lorsque l'on appelle quelqu'un, la sonnerie que l'on entend est remplacée par un message de prévention commençant par une quinte de toux. D'autres spots sont diffusés trois fois par jour à la télévision.

Plutôt que de créer une application dédiée, le gouvernement s'appuie sur les technologies existantes. Il promeut ainsi un chatbot disponible sur WhatsApp, qui répond aux questions sur le coronavirus. La moitié de la population indienne utilise la messagerie, tandis que les informations mises en ligne sur les sites gouvernementaux sont beaucoup moins consultées.

«Jugaad» ou l'art indien du DIY

En Inde, on valorise traditionnellement l'art de faire intelligemment avec peu de moyens, surnommé jugaad en hindi. Par exemple, pour les réunions de son cabinet, le président nationaliste Narendra Modi n'utilise pas la vidéoconférence mais fait espacer les chaises de plusieurs mètres.

Le secteur privé mise lui aussi sur le do it yourself. Pour s'assurer du respect des distances de sécurité, les propriétaires de magasins dessinent des cercles ou des carrés à la craie sur le trottoir. Un commerçant a même installé un toboggan pour passer du riz et des lentilles à sa clientèle sans s'approcher d'elle.

Comme ailleurs, des professionnel·les de santé et des makers utilisent l'impression 3D et des pièces détachées de plomberie pour fabriquer des valves et permettre à un respirateur artificiel d'être utilisé par plusieurs malades –jusqu'à huit.

La situation a également des aspects moins reluisants. La police indienne a brutalisé des individus soupçonnés de ne pas respecter le confinement et une part importante de la main-d'œuvre journalière a fui les grandes villes avant son entrée en vigueur.

Narendra Modi a promis de débloquer 20 milliards d'euros pour aider les plus pauvres durant la quarantaine. En attendant, les personnes qui n'ont pas accès au savon et au gel hydroalcoolique font bouillir de l'eau pour se laver les mains. Et en guise de masques de protection, elles se mettent un bandana sur le nez, en espérant que cela fonctionnera.

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