Le Spark AR Studio, un outil d'expression artistique à portée de main. | Via Ramen Polanski
Le Spark AR Studio, un outil d'expression artistique à portée de main. | Via Ramen Polanski

Face filters d'Instagram: «La réalité augmentée accessible au plus grand nombre»

Instagram donne carte blanche aux créateurs et créatrices de filtres en RA: rencontre avec Ramen Polanski.

Dans sa course effrénée contre Snapchat et ses lenses, Instagram lançait en 2018 un programme exclusivement réservé à une poignée de marques et de pros de la création graphique: Spark AR Studio, une plateforme de réalité augmentée dédiée à la création de filtres customisés.

Depuis quelques mois, ces face filters sont partagés par bon nombre des personnalités influentes sur le réseau social. Les effets, plus ou moins réalistes selon la patte de chaque artiste, se greffent aux visages des mobinautes, qui changent d'apparence le temps d'une story.

Les créateurs et créatrices ne reçoivent aucune rémunération de la part d'Instagram mais sont grassement récompensé·es en abonnements à leurs comptes, la plupart ayant gagné plus de 200% de followers grâce à la pratique –les suivre est la condition sine qua non pour débloquer les filtres personnalisés et les intégrer à vos propres selfies.

Sur Instagram, Jade Roche, alias Ramen Polanski, a multiplié le nombre de ses abonné·es par cinquante en se lançant «un peu par hasard dans la création de filtres».

Si la Parisienne touche-à-tout s'est spécialisée dans la photo et la réalisation, elle ne s'était jamais penchée sur la réalitée augmentée avant l'arrivée de la plateforme d'Instagram. Contours fluorescents, masques luisants, mèmes parodiques, tour Eiffel flanquée au visage… La créatrice multiplie les face filters teintés d'un humour décalé.

Quel est le point de départ de cette envie de créer des filtres Instagram?

Ramen Polanski: J'étais attirée par la réalité virtuelle, mais je n'ai jamais vraiment porté attention à la réalité augmentée [RA]. Je travaille beaucoup avec l'image, et quand j'ai réalisé qu'il était possible de faire ses propres filtres Instagram, j'ai testé le logiciel dédié [Spark AR Studio] sans grande ambition.

J'ai très rapidement créé mon premier filtre et j'ai ensuite eu la possibilité d'entrer dans la bêta Instagram, qui permettait à un nombre très limité de personnes de pouvoir publier sur le réseau. J'ai soudainement découvert un nouveau hobby, rencontré toute une communauté et j'ai très vite vu les fruits de mon propre travail.

Est-il compliqué de créer un filtre en RA?

Spark AR Studio est accessible gratuitement et la création de filtres est vraiment à la portée de tous. Le logiciel est encore en bêta donc il y a quelques bugs, mais il est relativement simple à appréhender pour les novices. Il y a surtout une communauté associée, un groupe Facebook où tout le monde s'entraide, ce qui permet de partager, de ne jamais vraiment être seul ou coincé sur un projet et même de s'inspirer.

Quel type de filtres concevez-vous?

Le premier filtre que j'ai créé était trop expérimental pour être partagé. Le premier que j'ai mis en ligne est «La tour Eiffel». Les inspirations viennent d'un peu partout: j'aime la couleur, j'habite à Paris et le reste est très aléatoire. Soit je crée en testant les outils de Spark AR Studio et mon idée se forge au fur et à mesure, soit j'ai une idée en amont et je tente de m'en approcher le plus possible.

Mes effets ont été vus environ 800 millions de fois et je suis passée de 12.500 abonnés à plus de 600.000 en quatre mois.
Ramen Polanski, artiste et créatrice de face filters sur Instagram

Que pensez-vous du fait qu'Instagram ne rémunère pas les créateurs et créatrices de filtres mais profite de l'engouement généré?

Instagram ne paie pas les créateurs mais a beaucoup travaillé sur leur mise en avant, ce qui peut générer beaucoup de visibilité et par extension de business.

Mes effets ont été vus environ 800 millions de fois et je suis passée de 12.500 abonnés à plus de 600.000 en quatre mois. Je reçois régulièrement des messages de personnes ou de marques que je n'aurais jamais pensé pouvoir atteindre.

Je crée surtout pour moi et pour m'amuser, mais j'ai imaginé plusieurs effets pour des artistes, marques et festivals, bien qu'Instagram ne permette pas encore un accès complet aux marques. J'ai aussi créé deux filtres en collaboration avec Yugnat999 et une déclinaison avec Lujipeka du groupe Columbine, pour rigoler.

Estimez-vous qu'Instagram concurrence Snapchat avec ce système de création de filtres?

Instagram a complètement dupliqué le principe des stories Snapchat, filtre «chien» compris. La différence est qu'Instagram est plus ouvert, donc plus viral.

J'utilisais Snapchat avant que l'appli ne commence à tuer ma batterie et qu'Instagram n'intègre à son tour les stories. Je n'ai jamais fait d'effet avec le Lens Studio de Snapchat, mais je sais qu'il est bien plus abouti que Spark AR Studio.

Ceci étant, j'aime me dire que j'apprends en même temps que le logiciel d'Instagram se perfectionne. Trop d'options peut rendre la chose plus intimidante. Et puis les retombées pour les créateurs ne sont pas les mêmes sur Snapchat, surtout lorsque l'on n'est pas spécialisé dans la 3D et la réalité augmentée.

Comment expliquez-vous un tel engouement pour les filtres «visages»?

C'est la première fois que la réalité augmentée est accessible au plus grand nombre, directement sur Instagram, et partageable dans le monde entier, contrairement à Snapchat.

On peut montrer une version de soi différente, augmentée voire améliorée, sans télécharger quoi que ce soit. Pour moi, c'est la bonne recette! Il y a d'ailleurs des profils qui se sont spécialisés dans la curation d'effets Instagram et de nouveaux créateurs. Je pense à @frenchsinger, @face.effects et beaucoup d'autres.

Selon vous, s'agit-il d'une forme d'art?

Pour moi, c'est un nouveau médium. C'est probablement le médium interactif le plus accessible, et ça le rend particulièrement intéressant.

Quel avenir imaginez-vous pour cette tendance?

Pour l'instant, c'est très nouveau sur la plateforme donc c'est excitant, et ça plaira sûrement toujours à un public assez large. Je m'interroge surtout sur l'avenir des effets et filtres chez les marques et dans la publicité sur Instagram, et plus généralement sur le futur de la RA et son utilisation potentielle dans la vie de tous les jours.

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