Quand vous retrouverez-vous six pieds sous terre? Les machines peuvent vous le dire. | Moira Dillon via Unsplash
Quand vous retrouverez-vous six pieds sous terre? Les machines peuvent vous le dire. | Moira Dillon via Unsplash

L'intelligence artificielle peut vous dire quand vous allez mourir

Les machines peuvent désormais prédire plus précisément que les êtres humains l'espérance de vie de personnes malades, avec des implications potentiellement profondes.

Début mars, une étrange nouvelle mettait logiquement le monde en émoi: dans un hôpital californien, un médecin avait annoncé à un patient de 78 ans son décès prochain non en face-à-face, mais par l’intermédiaire d’un «robot hospitalier». Une très indélicate et évidente déshumanisation d’un instant pourtant crucial, aggravée par le fait que la communication avait semble-t-il été brouillée par une technique défaillante, obligeant la petite-fille de l’expirant à lui annoncer elle-même l’ultime nouvelle.

L’affaire, choquante, n’est pourtant que la partie anecdotique d’un phénomène plus large: l’irruption des machines et de l’intelligence artificielle dans la gestion de ce qui constitue l’un des moments les plus profondément humains de la vie, à savoir la mort.

Dans un article saisissant, titré «Les machines seront-elles capables de dire à des patients qu’ils sont proches de la mort» et adapté d’un livre d’Eric Topol, Wired détaille ainsi la manière dont la recherche en intelligence artificielle est en train de faire des algorithmes de bien meilleurs prédicteurs de décès que peuvent l’être les soignantes et les soignants, spécialisés ou non dans les soins palliatifs.

Précision: 90%

C’est passionnant, édifiant, un peu glaçant également. Jusqu’ici, médecins et infirmiers utilisaient surtout leur instinct pour savoir si un patient ou une patiente dont ils ont la charge était proche du trépas. Rudimentaire, la méthode est surnommée la «question surprise» et consiste pour les personnels médicaux à se demander s’ils seraient surpris de voir la personne concernée décéder dans les douze mois à venir. La précision? Moins de 75%, a montré l’étude systématique de vingt-six publications concernant 25.000 cas.

Mais les choses sont en train de changer, de manière radicale et troublante: les algorithmes et le deep learning peuvent désormais déterminer avec une précision décrite comme «remarquable» le temps qu’il reste à vivre à une personne malade.

Développé par Anand Avati, computer scientist à Stanford, la moulinette informatique s’est penchée sur les données relatives à 160.000 malades, et a pu déterminer avec une justesse de 90% l’espérance de vie de 40.000 patientes et patients, sur moins de trois mois comme sur plus d’un an.

Le plus étonnant? L’algorithme d’Avati ne s’est à aucun moment servi, pour atteindre ce haut degré de certitude, des résultats des examens médicaux passés par les personnes étudiées, pas plus que de données moins objectives comme leur état psychologique ou leur volonté de survie. Cette machine à prédire la mort a en revanche pu disposer, dans son apprentissage statistique, du type et de la date des examens passés par les malades ou de la date exacte de leur décès.

D’autres applications pré-mortem de l’intelligence artificielle sont mentionnées par l’auteur. Une équipe de Google a ainsi réussi à déterminer avec une précision correcte le pronostic vital, la durée d’hospitalisation ou le risque de réadmission en analysant les 47 milliards de données relatives aux 216.000 hospitalisations de 114.000 malades. DeepMind (entreprise spécialisée dans l'IA dont la maison mère est Google) travaille également sur les questions de santé relatives à 700.000 vétérans de l’armée américaine. Enfin, l’intelligence artificielle peut aider à prédire le succès ou l’échec d’une transplantation cardiaque.

Des implications nombreuses

Les implications des recherches d’Anand Avati sur la fin de vie sont immenses. Le patient ou la patiente préférera-t-elle expirer ses derniers soupirs dans son foyer ou à l’hôpital? Faut-il s’acharner à trouver un traitement si l’issue est certaine? Quels sont les moyens médicaux et financiers «légitimes» à mettre en œuvre pour maintenir en vie ce corps que les savants calculs de l’intelligence artificielle annoncent comme certainement moribond? Quels types de soins mourantes et mourants doivent-ils recevoir pour atténuer leurs souffrances? Quelles implications dans le débat sur l'euthanasie?

Que dire à cette âme en fin de vie? Comment le dire? Comment gérer l’impact psychologique que peut avoir une annonce aussi sombre, aussi certaine? Les médecins spécialisés dans les soins palliatifs, peu nombreux et débordés dans la plupart des systèmes de soins, connaissent parfaitement ces questions –c’est après tout leur métier. Mais le surgissement de cette certitude mathématique pourrait, pour eux comme pour celles et ceux dont ils ont la délicate charge, changer bien des choses, en bien comme en mal.

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