Dans le monde de Jamy, il y a aussi des volcans. | Bruno Bucher / francetvpro
Dans le monde de Jamy, il y a aussi des volcans. | Bruno Bucher / francetvpro

Jamy Gourmaud: «Créer du lien autour de la connaissance et tromper le confinement»

Les capsules quotidiennes du présentateur du «Monde de Jamy» sont l'une des rares bulles d'oxygène de cette époque compliquée. Il nous explique tout.

Depuis le début du confinement, c'est devenu un rendez-vous. Tous les jours, vers 19 heures, Jamy Gourmaud met en ligne une vidéo d'une minute dans laquelle il explique tour à tour le fonctionnement des trous noirs, les secrets de propulsion des fusées ou encore l'origine des boîtes de conserves.

Ces «capsules de confinés», comme il les a baptisées, ont trouvé leur public. En l'espace de cinq semaines (et presque quarante vidéos), le présentateur légendaire de C'est pas sorcier et du Monde de Jamy a gagné plus de 190.000 abonné·es sur Twitter, 100.000 sur Instagram, 120.000 sur Facebook. Sur sa chaîne YouTube, 350.000 personnes l'ont déjà rejoint et ses vidéos sont vues entre 30.000 et plus d'un million de fois, selon les plateformes.

Si elles n'ont pas vocation à continuer après le confinement, Jamy Gourmaud assure être déjà en train de réfléchir à d'autres formats réguliers «pour rester en contact avec toute cette communauté». Une chose est à peu près certaine: on risque encore d'en apprendre beaucoup.

korii: Comment vous est venue l'idée de la capsule?
Jamy Gourmaud: C'est mon épouse, Manuela, qui l'a eue la veille du déclenchement du confinement. Elle m'a dit que si l'on devait être confiné pendant plusieurs semaines, ça pourrait être intéressant de publier une vidéo très courte, tous les jours, sur les réseaux sociaux.

Vous les concluez toutes avec la même phrase: «On est confiné, mais on reste en lien.»
Elle résume bien leur objectif. Le mot «confinement» renvoie à quelque chose de fermé. Or, cette capsule est destinée à s'évader grâce aux savoirs, et surtout à être en lien avec quelqu'un de l'extérieur.

Je me lève tous les matins à 6h30, j'écris mon texte et je le calibre aux alentours d'une minute.
Jamy Gourmaud, présentateur

C'est une façon de dire aux gens qu'ils ne sont pas tout seuls. Je leur propose une fenêtre grâce à laquelle ils vont trouver un peu d'évasion et quelqu'un qui leur parle avec sincérité. Pour créer du lien autour de la connaissance et tromper le confinement.

D'où vous viennent les idées de sujets?
L'idée de départ était de sortir de ce qu'on entendait autour de la pandémie et du coronavirus. On voulait «profiter» du confinement pour ne s'intéresser qu'à des choses qui nous entourent, profiter de cet espace réduit pour trouver des sujets de proximité, mais qui permettent de s'évader. Et puis il y a des sujets dans l'actualité, dans l'air du temps et qui invitent à acquérir des savoirs.

Quel est le processus?
Je me lève tous les matins à 6h30, j'écris mon texte et je le calibre aux alentours d'une minute. Ensuite, je le lis à Manuela et ensemble on essaie de déterminer ce qu'il va falloir montrer pendant la vidéo, sur quel objet on doit se focaliser, s'il y en a un. Soit on le possède déjà, soit on le fabrique. Dans ce cas-là, c'est Manuela qui se charge de toute l'accessoirisation.

Le retour des maquettes était un clin d'œil à celles et ceux qui vous ont suivi depuis C'est pas sorcier?
Ce qui est très marrant quand les gens parlent des maquettes, c'est qu'elles sont faites avec les moyens du bord. Ce n'est évidemment pas celles de C'est pas sorcier. On avait la volonté d'utiliser des objets qui sont à portée de main. Ce type d'objets constituent un excellent support. Ce qui nous motive, c'est d'avoir le bon support pour expliquer quelque chose, de créer celui qui sera le plus visuel possible.

Depuis C'est pas sorcier, vous avez endossé le costume de vulgarisateur. Comment est-ce que cela vous est venu?
Il y a une part de hasard. J'ai une formation de journaliste. Que ce soit avec Le Monde de Jamy, C'est pas sorcier ou mes livres, j'ai tout le temps la même volonté de transmettre des savoirs. Je considère que c'est le b.a.-ba du métier de journaliste.

Mais savoir quand, ou comment c'est venu, je ne sais pas trop. Quand j'étais collégien et lycéen, j'aimais beaucoup faire des exposés, m'exprimer en public. Il y a sûrement ça et quelque chose qui touche à ma personnalité. J'ai un caractère contemplatif. Je peux m'arrêter sur un tout petit détail de ce qui m'entoure et me dire qu'il y a une histoire à raconter.

Expliquer un phénomène naturel, c'est raconter une histoire. Si elle est bien racontée, on capte le public et il en redemande.
Jamy Gourmaud, présentateur

Vous avez eu des inspirations à vos débuts?
Nous sommes toujours les héritiers des gens qui nous ont précédés. Ce que l'on voit nous marque et germe dans nos cerveaux. On finit par accoucher d'un chose influencée par ce qui a été produit auparavant.

C'est pas sorcier n'aurait pas ressemblé à C'est pas sorcier si avant il n'y avait pas eu Michel Chevalet, Laurent Broomhead, les frères Bogdanov et Jérôme Bonaldi. De la même façon, il n'y aurait pas eu les Cobayes sans C'est pas sorcier.

Dans quoi vous reconnaissez-vous aujourd'hui?
Je ne passe pas mon temps à regarder ce qui se fait pour me dire «Ça, c'est nous», mais je vois parfois des choses qui sont très bien faites et qui correspondent à d'autres supports: ce que font Dr Nozman, DirtyBiology et e-penser, par exemple.

Pourquoi la vulgarisation marche-t-elle si bien?
Parce que le public est en demande de savoirs, de connaissances. Tous ces sujets sont propices à la narration. Expliquer un phénomène naturel revient à raconter une histoire. Si elle est bien narrée, on capte le public et il en redemande. Je crois aussi que toutes les personnes qui font ce genre de vidéos aiment, dès la départ, le sujet sur lequel elles travaillent. Chacun y met beaucoup de sa personne pour transmettre ses connaissances.

Une certaine bienveillance se dégage de toutes vos vidéos. Est-ce que c'est quelque chose dont vous avez conscience?
Pas vraiment. Je pense que c'est ma façon d'être. Ce ne sont pas des sujets polémiques. Mon rôle est d'apporter des clés pour que le public comprenne ce qui est en train de se passer. Donc oui, il y a de la bienveillance. Ce regard est sûrement assimilé à ça, parce que je ne fais que donner des clés.

La reconnaissance du public est-elle la même chez les spécialistes et experts que vous rencontrez?
Je ne pourrais pas dire ce qu'ils pensent. Ce serait présomptueux de m'exprimer à leur place.

Il y a un astéroïde à votre nom.
C'était une belle surprise. Il se trouve qu'un certain nombre d'entre ceux qui sont situés dans la ceinture d'astéroïdes entre Mars et Jupiter sont baptisés chaque année. C'est un organisme qui dépend de l'ONU qui s'en occupe et, il y a quelques années, trois cailloux ont été baptisés «Fredcourant», «Quindou» et «Gourmaud».

Évidemment, ça fait plaisir. C'est une super reconnaissance de la part de ces experts et astronomes. Peut-être est-ce parce qu'ils ont apprécié la rigueur de nos émissions et peut-être aussi pour l'intérêt que l'on a suscité chez le public sur des sujets qui ne sont pas forcément accessibles.

Pour réussir, il faut se mettre sans arrêt à la place du téléspectateur et se remettre en question à chaque phrase, chaque mot presque.
Jamy Gourmaud, présentateur

En regardant la liste des émissions de C'est pas sorcier ou du Monde de Jamy, si le point commun est la science, la liste des sujets est très diverse : biologie, physique, chimie…
Complètement. C'est très éclectique. C'est ce qui fait l'intérêt de ces émissions.

Et au sein même d'une émission, on évoque parfois différents domaines, comme dans celle sur l'espace avec Thomas Pesquet.
Ce qui est très important à chaque fois, c'est de savoir à qui on s'adresse. Ce n'est pas une émission destinée à n'intéresser qu'un public d'experts en astrophysique. On doit veiller à toujours rester accessible. On est obligatoirement un peu touche-à-tout.

L'émission avec Thomas Pesquet permettait d'aborder des notions de physique, de physiologie, d'astronomie, de mécanique céleste… Pour nous, c'est super intéressant, car on ratisse large, et on sait que ce sont des sujets qui intéressent et que l'on va avoir une diversité dans le documentaire.

Comment intéresse-t-on les téléspectateurs à la physique et la mécanique céleste dans une émission diffusée à 21 heures?
C'est compliqué, mais notre travail est de trouver les mots, les images, les supports qui vont les rendre accessibles: expliquer l'impesanteur, ce n'est pas facile.

Pour réussir, il faut se mettre sans arrêt à la place du téléspectateur et se remettre en question à chaque phrase, chaque mot presque, en se demandant si on reste bien accessible pour la personne qui n'y connaît absolument rien. C'est le défi de chaque émission.

Pour pouvoir expliquer les choses rapidement, il faut y avoir passé du temps. Je fais ce job depuis vingt-cinq ans. J'ai acquis une petite culture scientifique. Il y a donc des notions que je commence à maîtriser. Et quand on commence à les maîtriser, on arrive à concevoir ce que l'on veut dire et expliquer.

Avant d'écrire, il faut avoir fait ce travail. Il est plus ou moins long. Si on est débutant, cela demande des heures, peut-être des jours pour comprendre quelque chose. Si on n'est un peu moins débutant, les mots pour le dire viendront plus facilement.

Qu'est-ce que vous regardez ou lisez en ce moment?
Je regarde assez peu la télévision, mais j'ai beaucoup aimé le documentaire sur Notre-Dame et toutes les équipes qui ont lancé les travaux de restauration et mise en sécurité. Après, je suis plutôt séries, sur Netflix notamment, même si je ne suis pas accro. Je regarde Narcos, mais je ne m'enquille pas cinq épisodes à la suite. J'en regarde un, je me vide la tête, et puis je passe à autre chose.

Et je suis en train de lire L'Origine des espèces. C'est la démarche de Darwin qui est intéressante, les questions qu'il se pose et celles qu'on se pose au milieu du XIXe siècle autour de cette notion de l'origine des espèces ainsi que toutes les hypothèses qui sont posées. Ça se lit comme une aventure.

Ce qui est marrant, c'est de confronter le questionnement de l'époque avec ce que l'on sait aujourd'hui. Il faut surtout ne pas être présomptueux. Il est bon de se replonger dans cette époque avec les éléments de connaissance du moment. Quand on regarde nos prédécesseurs, on peut avoir tendance à ne pas comprendre pourquoi ils réagissaient de telle manière, mais il faut toujours remettre les choses dans le contexte de l'époque.

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