Dans la décharge d'Alamogordo, les hontes enfouies d'Atari. | Taylorhatmaker via Wikimedia Commons
Dans la décharge d'Alamogordo, les hontes enfouies d'Atari. | Taylorhatmaker via Wikimedia Commons

«E.T. the Extra-Terrestrial», le plus grand fiasco de l'histoire du jeu vidéo

Game designer pour Atari, Howard Scott Warshaw s'est vu reprocher d'avoir à lui seul coulé un marché de plusieurs milliards de dollars.

Avril 2014, désert du Nouveau-Mexique. Des bulldozers viennent de déterrer un bien étrange magot: des milliers de consoles et de cartouches du mythique développeur de jeux vidéo Atari. Parmi ces dernières, nombre de copies du tristement célèbre E.T. the Extra-Terrestrial, considéré par beaucoup comme le pire jeu vidéo jamais conçu.

L'homme derrière cette énigme s'appelle Howard Scott Warshaw. Pour The Hustle, le journaliste Zachary Crockett s'est intéressé à son histoire, en laquelle il voit «une parabole de l'avidité commerciale et les dangers qu'il y a à privilégier la quantité avant la qualité».

Débuts prestigieux

Warshaw arrive chez Atari en 1981. Fondée neuf ans plus tôt, l'entreprise américaine est considérée comme pionnière de l'industrie du jeu vidéo, portée par les succès de Space Invaders en 1978, Asteroids en 1979 et surtout Pac-Man en 1980.

Malgré son absence d'expérience dans le domaine, Howard signe un premier titre, Yars' Revenge, qui se vend à plus d'un million d'exemplaires et devient l'un des plus grands hits de l'Atari 2600. Élevé au rang de superstar, il goûte aux fruits du succès et enchaîne les réussites, dont Les Aventuriers de l'arche perdue, adaptation du carton éponyme de Spielberg.

En 1982, Atari change de politique commerciale, développe les licences et accorde une place prépondérante à sa stratégie marketing. Les game designers ont alors moins de temps pour concevoir leurs jeux. Howard Warshaw doit plancher sur un nouveau Spielberg, E.T.; Atari voudrait sortir le jeu pour Noël et, au lieu des habituels cinq ou six mois, il ne dispose que de cinq semaines pour faire aboutir le projet.

Bien conscient de la difficulté de la tâche, il opte pour un jeu simple, comprenant peu de scènes animées, qu'il peut implémenter rapidement. En décembre 1983, E.T. the Extra-Terrestrial arrive dans les rayons et le couperet tombe: le jeu est vraiment nul. On lui reproche surtout le fait de désorienter le joueur ou la joueuse, qui ne cesse de faire tomber le personnage dans des puits.

D'abord commercialisé au prix de 38 dollars, E.T. the Extra-Terrestrial est rapidement soldé à moins de 8 dollars. Des centaines de copies sont retournées et des millions d'autres ne trouvent pas preneur.

Fin de l'âge d'or

Le contexte ne va pas arranger les choses. En 1983, le marché du jeu vidéo s'effondre, du fait de l'émergence de l'ordinateur personnel et d'une production à la qualité défaillante.

Le krach n'épargne pas Atari, qui enregistre pas moins de 536 millions de dollars de pertes et passe de 10.000 à 2.000 employé·es. Le jeu E.T. devient le symbole de cette catastrophe.

En 1983 toujours, Atari décharge vingt semi-remorques contenant des centaines de copies du jeu dans le désert du Nouveau-Mexique. L'objectif est de réduire les stocks et les coûts fiscaux. Pendant plus de trente-et-un ans, cet événement est assimilé à une légende urbaine, jusqu'à la découverte d'avril 2014, près de la ville d'Alamogordo.

«Yars' Revenge étant considéré comme l'un des meilleurs jeux vidéo, tant qu'E.T restera le plus mauvais, je détiendrai au moins le titre du concepteur ayant accompli le plus grand écart de l'histoire», ironise Howard Scott Warshaw, philosophe.

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