«Il est temps de remettre en question les stéréotypes dépassés sur ce que peuvent être les jeux vidéo», selon Peter Tamte, patron de Victura. | Victura

«Il est temps de remettre en question les stéréotypes dépassés sur ce que peuvent être les jeux vidéo», selon Peter Tamte, patron de Victura. | Victura

Pourquoi le jeu «Six Days in Fallujah» fait-il autant polémique?

Son éditeur avait affirmé que le shooter n'était pas politique... avant de faire machine arrière.

Un jeu de tir basé sur une bataille d'une guerre alors encore en cours. L'idée semblait risquée, elle était pourtant le pitch derrière le jeu Six Days in Fallujah, annoncé en 2009.

Le titre avait pour ambition de retracer la deuxième bataille de Falloujah, en 2004, lors de laquelle des milliers de militaires américains ont progressé dans la ville assiégée, afin de se débarrasser des insurgés baasistes et des groupes islamistes radicaux qui la contrôlaient.

Une polémique était immédiatement née, et le jeu avait été annulé quelques semaines plus tard. Mais douze ans après, en février 2021, le jeu a été réannoncé, son nouvel éditeur Victura affirmant que le titre n'était aucunement politique.

Victura explique ainsi que «tout comme un Marine ne peut pas contester les choix des décideurs, nous n'essayons pas de faire de commentaire politique sur la guerre, fut-elle fondée ou non». Un argument qui peut être difficile à entendre étant donné le contexte de la seconde guerre du Golfe, plus décriée encore aujourd'hui qu'en 2009.

D'autant que l'on ne compte plus le nombre de jeux vidéo, type Call of Duty, racontant les prouesses d'une armée américaine systématiquement héroïque. L'US Army considère d'ailleurs cette série comme un outil de propagande et de recrutement.

Marche arrière

Face à la renaissance de la polémique initiale, l'éditeur a changé de position et admis que les événements de Falloujah «sont inséparables de la politique».

Au visionnage du trailer, cela semble évident puisqu'il mêle des séquences documentaires avec des images du jeu et vend «un moment de vérité», «recréé par ceux qui étaient là», qui viendrait enfin «raconter l'histoire comme elle s'est vraiment passée», ainsi que l'affirme un Marines consultant pour le jeu.

La bande-annonce est rythmée par les témoignage de vétérans américains qui racontent la difficulté de la bataille et la terreur de ne jamais savoir quel piège les attend derrière la porte suivante –un souvenir traumatique pour eux, une excitante mécanique de gameplay pour le jeu.

Le non-positionnement politique affiché initialement posait d'autant plus question que la bataille de Falloujah porte son lot de scandales, dont des centaines de morts parmi les civils et l'utilisation par l'armée américaine de phosphore blanc, une arme chimique dont l'ONU interdit l'utilisation offensive.

Les soldats états-uniens auraient aussi utilisé des balles en uranium appauvri à proximité de zones civiles. Des chercheurs estiment qu'elles sont responsables du nombre anormal de leucémies et de malformations congénitales constatées à Falloujah les années suivantes.

Le jeu ne compte pas laisser les gamers utiliser ces armes, car «elles ne font pas partie de ce que ces gars [les vétérans consultants] nous ont raconté». L'éditeur assure néanmoins désormais que leur utilisation sera mentionnée dans des séquences documentaires intégrées au jeu.

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