Durant dix-huit mois, les participants de l'étude suivront une thérapie appelée Prevent it derrière l'écran de leur ordinateur. | Philipp Katzenberger via Unsplash
Durant dix-huit mois, les participants de l'étude suivront une thérapie appelée Prevent it derrière l'écran de leur ordinateur. | Philipp Katzenberger via Unsplash

Traiter les pédophiles là où ils sont, sur le darknet

Une prestigieuse université de médecine va tester une psychothérapie entièrement menée sur des forums cryptés.

L'Institut Karolinska, une université de médecine suédoise, lance ce 26 mars 2019 une étude visant à lutter contre l’exploitation sexuelle en ligne de mineurs. Les participants testeront un traitement destiné à éliminer la consommation de contenus pédocriminels.

L'originalité de cette étude tient au fait que son recrutement comme le reste de son déroulé auront intégralement lieu sur des forums du darknet. Cette partie d’internet entièrement cryptée permet aux internautes de naviguer tout en profitant d’un anonymat quasi complet –une possibilité qui en fait un haut lieu d’échanges d’images pédopornographiques.

«Sur le darknet se trouvent des personnes qui ont adopté un comportement dont elles veulent se débarrasser, mais elles ont besoin d’un moyen de le faire. Et si le même réseau d’ordinateurs interconnectés qui sert à répandre la destruction et les violences pouvait aussi être utilisé pour fournir un traitement, même dans les endroits les plus lointains et inatteignables?», espère, optimiste, le psychiatre Christoffer Rahm, qui dirige l’expérience.

Placebo psychologique

L’avantage du darknet est de permettre un recrutement très large. Les cobayes seront de nombreuses nationalités différentes, un aspect important puisque l’un des objectifs de l’expérience est, d’après le docteur Rahm, de «démocratiser l’accès à ce traitement hautement spécialisé dans les cliniques universitaires».

Les participants resteront anonymes durant tout le processus. Ils suivront sur le darknet une psychothérapie baptisée «Prevent it»l'empêcher»), qui devrait, si elle fonctionne, leur permettre de ne plus visionner de contenu pédopornographique. Certains volontaires sélectionnés au hasard suivront sans le savoir un «placebo psychologique», soit une psychothérapie sans réels effets cognitifs. L'étude devrait durer dix-huit mois.

Pour ce projet, les scientifiques ont noué un partenariat avec les associations suédoises de protection de l’enfance World Childhood Foundation et ECPAT Sweden. Pour la porte parole d’ECPAT, la démarche est essentielle: «Pour prévenir l’exploitation sexuelle des enfants […], le travail préventif auprès des potentiels délinquants est nécessaire».

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