L'une des dernières images du Moskva avant qu'il ne coule par le fond. | @TheDarkPixel via Twitter, photographe inconnu
L'une des dernières images du Moskva avant qu'il ne coule par le fond. | @TheDarkPixel via Twitter, photographe inconnu

Le grand secret russe: qu'est-il advenu de l'équipage du Moskva?

Comme pour le Koursk, les familles sont laissées dans l'angoisse.

C'est l'un des plus tonitruants coups de tonnerre de la guerre de la Russie contre l'Ukraine. Le 13 avril, deux missiles Neptune lancés par cette dernière atteignaient puis coulaient le Moskva (le «Moscou»), navire amiral de la flotte russe en mer Noire.

C'est bien sûr un coup tactique et symbolique fort pour Kiev, une humiliation supplémentaire pour Moscou mais c'est, avant toute chose, un drame pour les marins présents sur le navire.

Or, depuis le 13 avril, une épaisse chape de plomb repose sur le sort que leur ont réservé ces deux missiles funestes. Combien de morts? De disparus? De blessés? Le bateau avait-il été secouru? Ses occupants sauvés? Il a fallu se tourner vers les spécialistes de l'OSINT (open source intelligence) pour en savoir –peut-être– un peu plus.

Après avoir décortiqué les premières images issues du naufrage, observant notamment que les canots de sauvetage avaient pu être déployés, le spécialiste de la chose navale H I Sutton a décortiqué l'un des rares documents russes sur le naufrage, les images d'une cérémonie rendue à l'équipage du Moskva à Sébastopol, en Crimée.

On y voit Anton Kuprin, capitaine du vaisseau –qui ne serait donc pas mort– passer en revue des troupes habillées de noir. Selon H I Sutton, qui s'appuie notamment sur des images satellites, la vidéo semble bien avoir été tournée après le naufrage.

Avec les mêmes infinies précautions qu'il applique au reste de son analyse, il a estimé qu'environ 240 hommes sont ainsi visités par leur capitaine. The Drive note de son côté qu'il est impossible de dire si les personnes visibles sur la vidéo sont bien des marins du Moskva.

Le Moskva disposait d'un équipage d'environ 500 âmes. Que sont devenus les 260 autres marins? Blessés? Morts? Disparus? Le Guardian s'est également penché sur la question des familles éplorées des marins du Moskva, cherchant anxieusement à en savoir plus sur ce qui est arrivé à leurs fils ou leurs frères.

Silence de plomb

Le quotidien britannique a ainsi pu parler à Yulia Tsyvova, mère de l'un de ces membres d'équipage. Il lui a fallu attendre le 18 avril au matin pour recevoir un appel –et non une visite– du ministère russe de la Défense, l'informant de la mort de son fils. «Il n'avait que 19 ans, il était conscrit, explique-t-elle. Ils ne m'ont rien dit d'autre, aucune information sur le lieu de l'enterrement. Je suis certaine qu'il n'est pas le seul à être mort.»

Le fils de Yulia Tsyvova était un conscrit, et il n'était sans doute pas le seul à bord du Moskva. Dans un conflit où Moscou a d'abord juré de n'avoir envoyé aucun appelé, avant d'être démenti par les faits, puis de jurer qu'on ne l'y reprendrait plus, cela explique sans doute en partie le silence des autorités russes, une fois de plus embarrassées par leurs propres mensonges aux conséquences funestes.

Une autre personne interrogée par le Guardian, Eskender Djeparov, déclare quant à lui avoir pu reconnaître son frère Akbar, lui aussi appelé, sur la vidéo de la parade en hommage aux marins du Moskva montrée par Moscou.

«Nous étions heureux de le voir dans cette vidéo, dit-il. Nous avons pu appeler notre mère et lui dire de ne pas s'inquiéter. Il ne nous a pas dit ce qu'il lui était arrivé, il ne parle pas beaucoup. Il nous appelle depuis des numéros différents. C'est un appelé, il a commencé en juillet dernier. Il n'a clairement jamais signé de contrat.»

Si certains des parents que le Guardian a contactés ont refusé de parler clairement, de peur de représailles de la part du gouvernement russe, un couple n'hésite quant à lui pas à remuer ciel et terre pour en savoir plus. Dmitry et Irina Shkrebets n'ont aucune nouvelle de leur fils, lui aussi un appelé, lui aussi a priori à bord du Moskva lors de son naufrage.

Irina Shkrebets l'a cherché, en vain, dans un hôpital militaire de Sébastopol. «Nous avons vu tous ces gamins brûlés, a-t-elle raconté au média russe indépendant Insider. Je ne peux pas vous dire à quel point c'était dur, mais je n'ai pas trouvé mon fils. Il n'y avait que 200 personnes, et il y en avait plus de 500 sur le navire. Où sont les autres? Nous avons cherché à Krasnodar, nous avons appelé partout, mais nous n'avons pu le trouver.»

Qu'en est-il des autres? Comme après la tragédie du Koursk, qui en 2000 avait tué 118 sous-mariniers et avait terni l'image de Vladimir Poutine, les autorités russes restent muettes sur la question. Peut-être le resteront-elles à jamais.

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