De là à penser que le géant du streaming met la main au porte-monnaie pour influencer les votes en sa faveur au Critics’s Choice Movie Awards, il n'y a qu'un pas. | Thibault Penin via Unsplash
De là à penser que le géant du streaming met la main au porte-monnaie pour influencer les votes en sa faveur au Critics’s Choice Movie Awards, il n'y a qu'un pas. | Thibault Penin via Unsplash

Netflix accusé par ses rivaux d'acheter les journalistes

Au programme: voyages coûteux, hôtels luxueux et rencontres privées avec les stars.

Dimanche dernier, les membres du Critics's Choice Movie Awards, qui attribuent chaque année des prix aux meilleures productions cinématographiques, ont rendu publique la liste des nommé·es pour l'édition 2019, après qu'une équipe de journalistes et de critiques triée sur le volet, ont voté à bulletin secret.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Netflix rafle littéralement la mise, laissant ses concurrents, dont Sony, Disney et Universal, au bord de la route. Le géant du streaming a été gratifié de soixante-et-une nominations, dont quatorze pour The Irishman, qui bat actuellement des records d'audience sur la plateforme... Du jamais vu. Et de quoi susciter jalousies et interrogations au sein de la profession.

Il n'en fallait pas moins pour mettre la puce à l'oreille du Washington Post. Après avoir enquêté, le quotidien américain vient de lâcher une petite bombe dans ses colonnes. Plusieurs journalistes prenant part aux votes auraient profité des largesses de Netflix et des billets verts que la plateforme est prête à dépenser pour asseoir son influence.

Le Washington Post révèle ainsi que quatre voyages ont été organisés à grand frais, ces derniers mois, dans le cadre de la promotion de The Irishman, Dolemite Is My Name, The Two Popes et Marriage Story.

Invitations tous frais compris

Les journalistes ont été invité·es, toutes dépenses intégralement prises en charge, dans des hôtels de luxe, notamment le W, le Four Seasons et le Beverly Hilton à Los Angeles, ainsi que le JW Marriott Essex House à New York, et ont été hébergés dans des chambres dont les prix variaient entre 500 et 2000 dollars la nuit.

Sous couvert d'anonymat, l'un des participants au voyage organisé pour The Two Popes a déclaré que Netflix avait, en outre, payé ses billets d'avion pour Los Angeles, lui avait offert des trajets en Uber, l'avait invité à un petit-déjeuner avec des réalisateurs ainsi qu'à une avant-première au Chinese Theater à Hollywood. Même traitement pour les quarante autres journalistes qui participaient à ce séjour promotionnel.

Un autre journaliste, toujours sous couvert d'anonymat, a indiqué avoir bénéficié, pour The Irishman, d'une conférence de presse privée avec Scorsese et Al Pacino, de billets pour une avant-première au Chinese Theater ainsi que de trajets gratuits en Uber.

De là à penser que le géant du streaming met la main au porte-monnaie pour influencer les votes en sa faveur, il n'y a qu'un pas.

À la suite de ces révélations, Netflix s'est défendu, en assurant que «l'hébergement de membres des medias, les conférences de presse et les événements sont une pratique de longue date de l'industrie —utilisée par tous les studios».

Ces pratiques semblent illustrer un nouveau tournant dans la stratégie de conquête des plateformes qui veulent faire jeu égal avec les majors. Selon Stephen Beck, un expert reconnu de l'industrie du streaming, «les prix sont importants pour Netflix, car il leur faut faire la preuve de leur modèle, qui est souvent moins bien considéré que celui des studios».


En ce moment

L'impossible retraite à 40 ans, la guerre des masques, des robots biologiques, une journée sur korii.

Et Cætera

L'impossible retraite à 40 ans, la guerre des masques, des robots biologiques, une journée sur korii.

Ce qu'il fallait lire aujourd'hui.

À la rencontre des «xenobots», les premiers robots biologiques au monde

Tech

À la rencontre des «xenobots», les premiers robots biologiques au monde

Entre machines programmées et organismes vivants, ces choses d'un genre nouveau ouvrent des portes sur le futur.

La retraite avant 40 ans: quand le rêve vire au cauchemar

Biz

La retraite avant 40 ans: quand le rêve vire au cauchemar

Les adeptes du mouvement FIRE ont investi jeunes pour arrêter de travailler tôt. Sans voir la crise venir.